Revoilà la terreur. Revoilà les effrois. Les pensées incroyables. Nous ne nous reconnaissons pas.
Revoilà le tonnerre, la foudre, les morts en pagaille et les peuples perclus de chagrin. Ce qu’on fait d’eux, ce qu’il est fait d’un peuple, auquel le peuple ne peut jamais rien.
Nous ne voulions plus armer les citoyens, nous voulions une paix durable, nous étions les anesthésiés, les décontractés, nous étions, putain de putain tous des Européens.
J’entends Arno qui chante. Oui, le Belge foutraque, le dingue d’Ostende et de sa mère. Je l’entends dans mes écoutilles gueuler de sa voix érayée de fumeur, tellement il chante Putain de putain nous sommes tous des Européens…
Nous savions depuis mille ans qu’une frontière désigne l’endroit du conflit.
Nous savions depuis que l’humain a pointé son pif en dehors des cavernes que le territoire est pour l’humain un enjeu de table, de plat qui passe ou de plat qu’on repasse. De blé et de pain.
Mais nous-attendions-nous à cette histoire qui revient ?
Un tyran détraqué est vite venu au pays des hommes puisque c’est aussi un homme.
Le pays des hommes et le pays des monstres c’est tout comme.
Alors on se dit mais Putain de putain pourquoi ça tombe sur les Ukrainiens ?
Pourquoi sur les Moldaves bientôt ? Les Géorgiens ou les Baltes à suivre ? Mais pourquoi les Marches tant affolent, tant font des fous leur butin ?
Ukrainiens, je vous aime. Ukrainiens, nous sommes tous des Européens ! Peuple martyr comme tout peuple dont on menace la souveraineté, l’existence, la réalité. Allez, toi tu dégages, t’es pas à ta place. Tu n’as plus d’espace. Pousse-toi, vire-toi ou je tire. Passe ou je tue.
Le fou frapadingue tue selon sa fantaisie, élimine selon son bon désir. Le fou est toujours possible et débarque, jamais à l’improviste.
Qui le voyait venir ?
L’état de droit empêche de penser le pire et quand le pire arrive, c’est le démocrate qui se gratte : où est mon armée, que reste-t-il de mes casernes, où sont mes ogives ??? Les Allemands, de ce point de vue sont exemplaires. Capables de changer de doctrine en trois jours : plus de nucléaire. Beendet. Plus des 3%, beendet. Une armée à nouveau, Geanfangt !
L’Allemagne recommence et réarme.
L’Europe va réarmer et finalement, il est possible que chacun, en s’endormant, rêve de ce putain de putain de réarmement !
Où nous en sommes arrivés !
Cette pensée guerrière que nous déléguions comme le reste et ce budget que nous laissions fondre, non sans plaisir ! Ah le prix d’un sous-marin a tellement fait jaser à l’aune des redistributions ! Et alors ? Aujourd’hui que fait-on avec nos bras ballants et nos pistoles en plastique ?
À l’heure, minuit cinq, où un dictateur pousse la démocratie à repenser ses défenses, à réarmer ses citoyens, à recommencer à zéro, il est dit que l’histoire est donc ce plat qui repasse. Une revanche sérielle et improbable qui se mange froid, très très froid.
Nous le disions en 1989 (plutôt en janvier 90 quand on réalisait que c’était vrai !) que les pierres du mur de Berlin tombaient au fond de chacun de nos jardins. Nous ne savions pas, en le disant, et en ne cachant pas notre joie, que les pierres mettraient tant de temps à dégringoler et iraient si loin au fond de chacun de nos jardins.
Bretagne, Ukraine, quelle distance ?
Russie, Ukraine, Bretagne, quel fil d’ange ?
Celle (la distance), celui (le fil) de la liberté, Frankis karet, le plus chéri des peuples et le plus menaçant pour les tyrans.
Gilles CERVERA







