Jarry, notre Jarry de Laval et d’Ubu, de la gidouille et de bicyclette lancée à fond d’alcool et de descentes – quelle descente ! Jarry aurait-il tué avec un tweet ? Aurait-il violé avec un smartphone ?

Peindre avec son sperme. Ça s’est vu. Ou pisser sur le christ comme le fait Maurizio Cattelan. Transgresser, affoler, c’est un art. L’artiste se tire une balle dans la bouche, Pierre Molinier, paix à son âme, c’est une performance ! L’artiste est un activiste qui nous secoue. Klein et ses femmes pinceaux, bleues évidemment. Restent leurs empreintes. Sont-elles sublimes ou les seules traces d’une surexploitation médiatique ou le début de la Société du spectacle ? Ou Banksy et ses œuvres furtives qui s’arrachent. Ou War, à Rennes, visage sans visage pour bestiaire de grande auteur ! Womanstruation, John Anna peint donc avec son sang, ok !

Ou les corps marqués, refaits, ouvragés, auto-engendrés, détruits de Mireille Porte dite Orlan ! L’art choque, bute, concasse, nous provoque. L’art nous incendie. Jarry n’a pas arrêté de foutre sa merdre !

Oui à Ubu quand il se fout de son foutre et nous en fout partout. Oui à Marcel Duchamp et son urinoir, le ready-made comme une ode à notre pisse quotidienne. Décidément que d’urine ! Que de miction et de fèces dans cet art à l’envers ! Oui au vagin de la reine, aux kitcheries. Oui à Courbet qu’on sent à l’origine de tout ça. Au surréalisme, à Dada. Mais quoi ?

Oui au cageot de Ponge. Au tintamarre de Guyotat cadavre depuis peu dans un de ses cinq-cent-mille tombeaux.

Oui mais non !

L’artiste ici se nommerait Piotr dont le seul art consisterait aux pires méthodes de délation ! Ce serait l’artiste en forme de salaud. Le KGB poussé au sublime, la Stasi au musée ! Est-ce une solution ? Est-elle lyrique ? Esthétique ? Serait-il là, à ce point en-dessous de zéro, l’aboutissement révolutionnaire ? Tête sur pique et tweet de bite ? L’extrême voyeurisme devient une attaque ad hominem. Oui quand l’artiste se suicide, s’ouvre les veines, se tue à bout portant, s’ouvre le ventre et peint ses tripes avec ses tripes : oui à Bacon. Oui à Chirico.

Mais Piotr est le contraire d’Ubu. C’est le courage de ne plus s’exposer mais d’exposer l’autre, de dévaster une démocratie, de pervertir l’usage des medias. Piotr ou l’e-viol. L’anar au plus glauque ! Piotr ou un libertarisme de fin du monde.

Il diffracte, divulgue, dissémine l’intime. Il abat les chênes quand il n’y a plus que des roseaux.

Acmé du performer : être incarcéré sera revendiqué comme un degré ultime des beaux-arts. Être le pire est de l’ordre du jouir comme un nazillon de foire qui nucléarise les déchets dont la démocratie. Devenir une victime des systèmes le pousse aux pinacles et nous, non.

Le prétendu art de Piotr est un quart d’heure warholien pour une éternité d’ennui. Son prétendu activisme une action antidémocratique qui vise le plus bas et le plus vil des foules comme on a tué Jaurès. Comme on attaque toujours ce qu’il y aurait de commun dans la communauté, d’espoir dans le lendemain. Piotr ou l’avant-veille de la grande nuit. Tout le contraire du Grand Soir !

Il n’est décidément pas Ubu. Mes excuses à Alfred et ses descendants !

Gilles CERVERA

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