Lire les médias. Normal. Décoder ce qu’ils nous disent encore plus normal, indispensable ! Rennes, pardon, Roazhon, pardon Roazhon-Park !
On nous vend une coupe. Son prix est cher. Clameur bretonne. Places et rues à ras-bord, ville bourrée à bloc. Presque de mauvais goût de ne pas y goûter ni vouloir embrasser le saint-Graal. Bref, il est de bon ton de répéter en boucle la joie, le plaisir, la biture et le mythe. Et dans ce Grand Pardon Télévisé (GPT), le culte au (saint) Patron!
Pour le même prix, on nous vend le patron, une des trente plus grandes fortunes mondiales ! C’est que le marchand de bois est de souche ! Il est des nôôôôtres, buvons un coup comme les zozootres. On a envié le Palazzo Grassi, acquis, il était vexé, contre le refus de l’île Seguin à Boulogne-Billancourt ! Il se sera presque tout offert et bientôt, quand on prendra le TGV de Paris, on ira à la Bourse. Et merci qui ?
Monsieur Pinault est un être indispensable car immensément riche. Le légendaire complet veut qu’il aime Dinard comme s’il l’avait fait et que l’arrêt brutal de Chirac dans sa CX présidentielle, rappelez-vous le soir de la coupe du monde de la présidentielle Chirac/Le Pen (breton ? mais nettement plus fasciste !), ce soit chez le grand homme d’affaires que Jacquot a déposé sa Bernadette. Les affaires sont les affaires. Et voilà qu’on nous vend même, car tout se vend dans ce monde auréolé du capitalisme familial, paternaliste, patriarcal, crépusculaire et breton, la mort ! Oui, la sienne, annoncée, subliminaire, quasi poétique, mais surtout bank-able!
La mort annoncée par une longue maladie prépare sa nécro et a déjà ses messes.
Ahhhh, Ohhhh, Bretagne folle et profonde, face à face avec l’Ankou ! Le capitaine de l’équipe rennaise, du coup, est en larmes, son Président providentiel, levant la coupe au ciel, prononçant les saintes paroles à propos du match qu’on perd à tous les coups, celui qu’il a engagé contre sa propre mort. Ce qui taraude Monsieur Pinault est le combat commun. La coupe est décidément pleine de son lot de lyrisme de pacotille et d’Ankou à l’encan.
Le capitaliste ne nous cache pas son mal et c’est fort, parce que pas très vendeur, le disant sans le dire ! Le patron devient métaphysique. Relisant Anatole Le Braz, revisitant le Grand-Bé et bêlant deux siècles après René de Chateaubriant, voici la fable : Pinault et la mort. La Fontaine en ferait une où on verrait le petit patron devenu grand fréquenter les enclos de l’ouest. Les ossuaires nous sont un miroir, dirait-il en guise de morale! Que nous dit sa nouvelle philosophie, des infinis qu’il découvre, de la fugacité du bois qu’il a vendu, des forêts démembrées et des parfums sur peaux douces que chaque soir, avant cocktail, il faut renouveler ?
Le patron Pinault laissera une mirifique collection aux péquenauds que nous sommes, béats d’admiration. Vaguement amers, disons-le, d’un pognon offrant aux dévots ses ex-votos et quels !
La légende qu’on nous vend est belle, plus éthique que celle d’un autre breton richissime, à la défiscalisation plus enjouée et appel à l’état qu’il hait ! Bref, les vaches sont bien gardées, le lait coule plus blanc que blanc. Encore mieux : la coupe devient challenge ! Monsieur Pinault ne gagnera pas ce match mais celui qui a été gagné, qui donna lieu à tant de liesse populaire, politique et consensuelle et d’enlacement, le fut, gagné, grâce au songe du patron. La camarde est désormais performative et bientôt cotée en bourse !
Méfions-nous de tout ce fatras communicant pour nous faire aimer des marques, Gucci, YSL, Boucheron, Roazhon-Park, et, in fine, Notre-Dame de Paris ! Marqueur des marqueurs, marque des marques ! Quel mécène aura son nom au cœur du chœur ou dans la sacristie ?
Sapristi, j’ai à peine honte de ce que j’ai dit !
Gilles CERVERA
Auteur de L’enfant du monde et Deux frères chez Vagamundo







