Le Club des 30 s’est toujours fait discret. Association informelle de chefs d’entreprises, cette « mafia bretonne » comme pourrait la définir Emmanuel Macron reste volontairement absente des médias.
Instrument de lobbying, elle réunit entre autres François Pinault (Kering), Alain Glon (agroalimentaire), Louis Le Duff (Brioche Dorée, Pizza del Arte…), Daniel Roullier (groupe Roullier), Vincent Bolloré, Claude Guillemot (Ubisoft)… Et s’ils ne sont pas 30, mais 54 aujourd’hui, cette engeance capitalistique tient son nom du combat des Trente, un « duel qui se déroula à côté de Ploermel le 27 mars 1351 pendant la guerre de Succession de Bretagne, opposant les clans de Jean de Montfort et de Charles de Blois » comme l’explique Wikipédia.
Son représentant Bruno Hug de Larauze, patron d’Idéa Groupe, entreprise spécialisée dans la logistique industrielle et portuaire était l’invité mardi 26 juin 2018 des Dîners Celtiques à Paris. Autour de lui, Louis Le Duff un des créateurs du Club et Jean-Marc Roué, Président de Britanny Ferries. L’occasion de soulever légèrement le voile de ce phalanstère méconnu et donc phantasmé. Si la liste des membres s’avère toujours aussi impressionnante, deux constats s’imposent :
– Le club est de moins en moins breton, avec la cooptation de patrons venant des Marches de la Bretagne comme le Choletais Xavier Biotteau, d’Eram, ou le Vendéen Grégoire Gonnord, de Fleury-Michon
– Son discours militant est désormais davantage en faveur du Grand Ouest que de la seule Bretagne
Tous ces capitaines d’Industrie voient loin et plus haut que 2000 ans d’histoire. Leur réussite en est la preuve, mais leur combat perdu pour l’aéroport de Notre Dame des Landes montre néanmoins les limites du lobbying des arrières-chambres de cabinet. A l’heure des réseaux sociaux, l’image – et l’impact qu’elle a – compte autant que l’entregent. L’opinion ne peut plus être ignorée, même si elle peut être manipulée. Les syndicats de la SNCF en font l’amère expérience. Est-ce la raison de cette soudaine visibilité du Club des Trente ? Une question se pose alors sur le positionnement « Grand Ouest » de l’association : quelles valeurs portent cette zone géographique pour le grand public français comme étranger ? Depuis 1942, les ligériens tentent désespérément de créer une entité cohérente. Le succès se fait tellement attendre que l’office du tourisme de Loire Atlantique se dit bretonne pour continuer à attirer du monde. L’image reste donc la valeur de référence de toute opération marketing et commerciale. Et c’est là que le bât blesse : ces chefs d’entreprise avisés défendent ici un territoire flou, sans âme et donc inexistant.
Parlez du Grand ouest à un Japonais, un chinois ou un américain… Et maintenant, parlez lui de la Bretagne ! Une marque est plus forte que l’autre, non ?
Autre remarque intéressante, soulevée par Romain Pasquier, Directeur de la recherche à Science-Po Rennes : combattre le jacobinisme tout en voulant recréer une entité à l’expansion sans cesse tournée vers l’Est est étrangement paradoxal. Bien vu.
A l’heure du Glocal (marché global et local à la fois), la communauté historique reste la première valeur. Donner une force économique à la Bretagne (et donc militer pour un retour de la Loire Atlantique) reste la plus saine des bases pour conquérir le monde.
Chaque jour, la Suisse, le Luxembourg, le Danemark… prouvent que la taille reste un critère relatif. Pour le Club des 30, la Bretagne est devenue trop petite !! Mais quelle est donc leur véritable combat ? S’ils avaient voulu un aéroport international pour la Bretagne, Notre Dames des Landes aurait vu le jour. Manifestement, celui du Grand Ouest a été condamné. Car comme le soulignait hier soir Jean-Marc Roué, le Président de Britanny Ferries, il faut choisir et hiérarchiser ses combats. Celui de la Bretagne semble correspondre à cette volonté. Pourquoi ne pas en tirer les leçons ? Car pendant ce temps, Jean-Pierre Denis, patron d’Arkea, souhaite créer une banque mutualiste bretonne (pour sauvegarder l’emploi à Brest bien sûr…) et prendre son « indépendance ». Et si certains morceaux du puzzle se mettaient en place ? Manifestement le Club des 30 ne souhaite plus cantonner l’économie au seul périmètre de l’entreprise et de ses actionnaires. Il place la barre un peu plus haute et s’occupe désormais d’aménagement du territoire… Et donc de politique. A ce niveau, il va devoir réviser ses classiques, car jouer démasqué entraîne d’autres responsabilités qui dépassent le seul intérêt particulier du chiffre d’affaires. On appelle ça l’intérêt général.
Hervé DEVALLAN







