Peut-on sans passer pour un complotiste platiste ou trumporaoultien émettre des doutes ?
Doutes assez sérieux sur ce qui nous arrive depuis quelques temps. Comme un vague sentiment de ne plus être soi à part entière. De ne plus s’appartenir. D’être dépossédés de la décision ! Ne parlons pas de la manière de nous présenter masqués ! Ni de nous alcooliser les mains avant, après et pendant ou de rentrer à dix-huit heures pétantes sinon, comme m’a dit mon hôtelière d’un soir : panpan-cucul !
Que vaut une société dont la culture est arrêtée, les artistes stoppés net, les étudiants sommés de garder la chambre et les ancêtres incarcérés ? La violence est sourde dont, de plus en plus, on en supporte de moins en moins.
Le colbertisme a sa limite, non ?
La preuve par Nice et par Dunkerque. Un zeste de différenciation nous va ! Mais deux ou trois nous iraient mieux ! Car Brest, Quimper et Morlaix sont au même régime sec d’infos anxiogènes avec horaires de rentrée et de sortie. Tous collégiens ! Pire du pire : la culpabilisation non-stop. Radios et télés rendent compte de notre possible indifférence à quatre-cent morts/jour. Quatre-cents de plus que d’habitude ?
Moins ceux qui n’attrapent pas la grippe et la gastro et ceux qui n’ont pas d’accident sur la route, puisqu’on ne roule plus que de jour et sur des chaussées presque vides !
Quatre-cents morts par jour, le chiffre est insupportable évidemment. Nul ne peut s’en réjouir. Est-ce donc ce spectre qui empêche les cinés d’ouvrir, les théâtres d’avoir lieu, les chorégraphes* de chorégraphier, les musées d’amuser, les portes des chambres de Maisons de retraite d’être poussées ? Vaut-il mieux des morts du vide que des morts du covid ? Nous avions interrogé dès mars 2020 dans ces termes. Ça nous sautait aux yeux mais maintenant ça nous les crève !
Ça nous crève les yeux un peuple en train de se déliter. La délation à bas bruit, la tolérance à l’intolérable et des élèves masqués qui ne peuvent plus jouer à touche-touche ni à cache-cache! S’obséder sur l’hygiène va créer des obsessionnels de soi. Des dingues égocentrés, des fadas obsédés de leur tension, cinglés de leur température et mettant en tableau Excel leur flux sanguin. Tous des joggeurs suréquipés avec la maladie pour horizon ! Car nous mourrons !
On semble heureux de vérifier que les enfants ou les personnes âgées s’adaptent : soyons en tristes au contraire. Tout est affligeant dans cette capacité à supporter les couvre-feux sans broncher, à respecter des normes où l’intelligence personnelle disparaît de la circulation. Il n’y a plus de confiance entre les gens car l’usage mondial de la maladie l’a brisée. Tous des Chinois ! Ou tous, le doigt sur la couture, des Israéliens militarisés !
Le contrat social ne tenait qu’à un fil et il est en train d’être tiré au max en sorte que ça pourrait péter.
Péter vraiment : sous forme de dépression générale. De décompensation sociétale, ça s’est vu ! D’apathie collective ! Un hara-kiri mondial ! Nos politiques s’en remettent seulement à l’intendance ! Ils sont dans la seringue, au secours, on devient dingues !
Soyons un peu soulagés que la vie en douce se poursuit. Les résistants ne font pas sauter les ponts, non, ils se visitent entre amis à la nuit tombée ! Incroyable ! Ou en plein jour, s’adossent aux bords de Vilaine ou aux quais de Brest ou sur le Sillon ! Les mouettes sont libres et les Bretons doivent le revendiquer !
Nous sommes des mouettes et nul masque ne nous clouera le bec.
La fin de la démocratie, ce sont des gens qui se tirent la bourre, ne s’aiment plus, jalousent les gestes de l’autre, ou les condamnent. Transformer le citoyen en garde-chiourme est facile, mais rappelle les pires moments.
Une épidémie ne peut avoir raison de la Raison. Camus, à l’aide !
Car il y en aura d’autres. Et il n’y aura pas que le petit commerce à sauver. Il y aura la citoyenneté à réinventer. Le théâtre et les concerts, le chant et les retrouvailles, la poésie et la peinture, tout sera bon à prendre. Reprenons l’Odéon ! Reprenons Graslin, La Passerelle ou Le Quartz! Imposons la fête des mots et des mains !
Encore un effort citoyen, gestons les barrières et sautons par-dessus ! Tous des chèvres de M Seguin. Le loup, d’accord, mais dans la joie et la liberté du choix !
La chèvre meurt. Mais elle meurt heureuse !
Gilles Cervera
Voir urgemment le beau docu Boris Charmatz Face au Grand Palais et La Ronde. Sublimissime ! Sur France 5. Frissonissime !







