Pardonnez-moi le je, mais l’époque y rabat. Quoi faire de moi ? Quel je jouer ? Quel jeu je sur-joue ? Comment glisser mon je maigrichon dans le grand jeu social quand ce dernier est si triste ?

Comment font-ils ? C’est l’autre question. Car il y a je et il y a les gens. Vous, donc ! C’est à voir. Car mon je prétentieux se dit qu’après tout il ne joue pas tant que ça en solo. Plein comme les autres d’arrière-pensées, lesquelles poussent de derrière à devant. Tant pis pour vous.

Difficile de se soumettre intérieurement à ce grand circus maskus ! Mais évidemment je tente, l’habit faisant le moine, de me grimer avec un vieux bidule chirurgical en fond de poche qu’aucun médecin de brousse n’envierait pour soigner fût-ce un vieux singe ! Bref, je le mets, l’enlève, le remets, etc jusqu’à ce qu’il pue un max de mes haleines personnelles et, moi qui ne bois pas à l’excès de vin ni ne mange d’ail jamais, que de miasmes sous l’étriqué de mon chapiteau ! Qu’est-ce que ça doit être sous certains abris-bouches ! Qu’est-ce que ça révèle de mon refoulé de bec et qu’auparavant j’astreignais le passant à mes émanations d’olfation putridesque ?

Je crains qu’on ne meure pas du covid mais d’asphyxie ! Voire d’insuffisance respiratoire organisée et provoquée par des tissus inadaptés, des acryliques douteux ou des résines chimico-dégueulasses issues des pires agricultures industrielles chinoises mâtinées d’intentions malignes.

Le monde a peur disait en son temps notre compatriote droopinesque Roger Gicquel !

Que dirait-il maintenant ! Qu’il chie dans son masque… Pour le dire à la San-Antonio, je refoule du gosier et ça enfume les rosiers !

Bref, voici de ma colère intérieure qui ne présente aucun intérêt d’ailleurs car je fais comme tout le monde et reste dans ma cour le plus possible ! Sous mon arbre ! Et le demi-quintal de mes amis pense idem. On a la trouille de se faire remarquer, de passer pour des criminels en puissance ! Bref, la pression sociale s’impose ! Sacré Castex !

Ordre du Préfet ! Alignement des maires ! Tous des bons et des bonnes maires ! Tous des bons petits soldats !

L’espace public va pourrir sur lui, les mots vont manquer, les silences plomber les liens, vivement la ligne de démasquation ! On ne s’entend plus, on devient sourds et je crains même que ça nous fasse perdre un peu de notre sens de l’orientation.

J’ai vu en fin de marché, depuis l’estrade de son four à roulettes, un pizzaiolo exaspéré hurler à mon attention, regardez-les tous ces masques mortuaires, vous ne trouvez pas, M C., qu’on se dirait dans un cimetière ?

J’ai vu un cycliste masqué dériver bizarrement dans un carrefour comme s’il avait perdu ses sens !

J’ai vu, dans un musée d’art moderne plutôt désert, un visiteur ébloui par les cimaises qui baissait ou remontait son masque en fonction de la place du gardien et de son exigence obligée à le bien monter jusqu’aux yeux. Euhh, je ne l’ai pas vu ce visiteur, c‘était moi !!!

J’ai vu dans un bassin du port un gars au gouvernail gouverner son rafiot, seul, au beau milieu de la flotte, et MASQUE !!!

Tombons le masque qui est la tombe assurée pour la conversation avec l’autre. Tu étais beau cher autre, vous n’étiez pas mal, chers gens croisés dans la rue, sur le halage ou sur les quais, sous les lunes de prairies.

Je n’ira pas danser masqué sur la tombe de nous.

Gilles CERVERA

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