Poésie de la contemplation et de l’intériorité : le finistérien Jean-Pierre Boulic cultive avec patience et constance son jardin, d’écriture face à « l’ombre usée du monde ». Il le confirme dans ce nouveau recueil.
On le sait habitant du pays d’Iroise, au bout du bout de la terre, arpenteur de sentiers littoraux avec Ouessant comme horizon. Mais le poète module ici son chant, lui donne une nouvelle coloration, plus détachée des lieux et parfois plus abstraite aussi. « La mer a disparu » et « les traces du pittoresque breton se sont estompés », note avec justesse le poète Jean-Pierre Lemaire dans la préface de ce livre, comme si Jean-Pierre Boulic avait entrepris, ici, d’approfondir son propos comme il ne l’avait jamais fait. Au fond d’aller jusqu’à l’os et de pointer du doigt ce qui lui paraît vraiment essentiel : dire le mystère de la vie, la fuite du temps et toutes « ces réalités impalpables vers lesquelles le rôle du poète est de nous tourner », note Jean-pierre Lemaire.
Ces réalités impalpables s’appellent « souffle », « présence », « instant », « lumière », « source », « verbe », six mots essentiels que l’on retrouve même réunis dans un poème de dix vers de ce livre. Pour accéder à ces réalités, en faire le creuset de sa vie, il faut savoir se tenir « à flanc d’herbe », rester attentif à la « chanson bleue » du ruisseau ou s’émerveiller d’un « nuage de pivoines ».
Les messagers de ce « temps recommencé » (version poétique d’une forme de vie éternelle) sont les fleurs, les arbres, les oiseaux. On les retrouve dans chaque page de ce livre. « Concert de septembre/Sur le fil mille hirondelles/comme une portée//De cet instant sauras-tu/Entretenir l’harmonie ». Parlant des arbres, Jean-Pierre Boulic ne manque pas, concluant son propos, de rendre un hommage appuyé à ce « frère des arbres et de l’eau » qu’était le poète morbihannais Jean Lavoué, éditeur à l’enseigne L’Enfance des arbres et disparu en mai 2024.
Les dessins de Nathalie Fréour
Mais Jean-Pierre Boulic n’est pas seul à s’exprimer dans ce livre. Ses textes sont accompagnés de vingt-six dessins en noir et blanc (et doré) de l’artiste nantaise Nathalie Fréour. Dans des dessins empreints de délicatesse, décrivant une nature harmonieuse et accueillante (celle d’un Paradis ?), l’arbre y est souvent en majesté. Il accueille sur ses branches ou sur ses flancs, une ribambelle d’hôtes bienveillants : oiseaux, fleurs, bourgeons, mousses et fougères. Mais aussi le soleil et la lune, sans oublier les ombres du jour.
Nathalie Fréour fait sienne ces mots du Chinois Guo Xi : « Un poème est une peinture invisible, une peinture est un poème visible ». C’est le cas dans ce Temps recommencé. Poèmes comme dessins disent, selon les mots mêmes de Jean-Pierre Boulic, une « âme en attente » à l’écoute du « silence des sèves ».
Pierre TANGUY.
Temps recommencé, poèmes de Jean-Pierre Boulic, dessins de Nathalie Fréour, éditions A l’Ombre des Mots, préface de Jean-Pierre Lemaire, 78 pages, 20, euros.











