Époque difficile. Période compliquée. Civilisation flapie, Occident défraîchi, Asie azimuthée, Amériques et raques, bref, l’inquiétude est là.

Bon, normal.

Peur un plus au-dessus de la normale : peur de gouverné, peur de l’être, peur de soi, peur des autres. Peur quoi !

Disons que l’inquiétante étrangeté de soi est projetée au centuple sur l’écran noir de nos nuits blanches. Visages masqués. Epidémie au bout du nez avec rhume aggravé. Les temps sont difficiles comme le chantait Ferré. Ferré Léo !

Que crierait-il aujourd’hui le chien Léo aux chiens que nous sommes et aux chiens de notre chienne ! Hurlerait-il avec les loups depuis son île du Guesclin en Saint-Coulomb ? De la Hogue à La Houle à Cancale, entendrait-on ses râles ou, s’il râlait bel et bien, et il y a de bonnes raisons de râler, enchanterait-il encore l’an dix mille ? Ou dirait-il c’est fini, plus rien, plus-plus rien !

Il y a donc un truc épouvantable qui arrivait tous les trois siècles et qui nous pend au nez tous les trois ans. Air pollué, grippe avec complications, virus virulent, microbe microbien, forêts cramées, planète cul par-dessus tête ! C’est ça ! Cul par-dessus tête.

Même, ajoutons-le puisqu’on l’a déjà ajouté, que cela s’effondre. Pas que les falaises, non, pas que les banquises ni les parois de permafrost ou les glaciers des Alpes ! Non, ça s’effondre en chacun de chacun. Chacune des étrangetés de soi s’effondre un chouya malgré les coachs en survie, les thérapeutes en résilience et autres gourous ayurvédiques de l’épanouissement de Swan ! L’achat de tranquillisants de toutes sortes a dépassé la compulsion d’antibios ! La déprime prime, surtout en Europe, surtout à l’ouest de l’Europe. Mince, encore nous !

Ça s’effondre bel et bien, pas besoin de faire un dessin ni de le nier : le trafic aérien, le tourisme de masse, la dyneslandisation, oui, les agences de voyage, les réservations d’avion, oui. S’effritent les ventes de bagnoles, les commandes d’Airbus, s’effondre la construction compulsive de bureaux ! Les limonadiers et autres tauliers de bistrots ont plus que du souci et les brasseurs brassent moins. Vacances programmées déprogrammées. Projets de trecks détraqués. On ne va pas tout regretter non plus : les sentiers sont à nouveau propres et sentent la noisette, la montagne est tranquille et les marmottes peinardes !

Car.

Ce n’est pas la fin des haricots non plus. Mon fermier de la ferme à deux pas de chez moi a toujours des vaches qui font du lait dont on fait des bons yaourts, fromages blancs, blancs en neige, meringues ou teurgoules anthologiques !

Mon copain du bas de sa tour est toujours prêt à rendre service et celui du bout de la rue à m’apporter pour couvrir mon jardin les feuilles de son poirier ou cet autre ami à me donner des conseils pour greffer un pommier.

Donc il y aura des pommes !

Donc des compotes, des tartes et du crumble !

D’ailleurs, dans les trous laissés par les immeubles effondrés du XIXème se réunissent des néo-jardiniers qui font lever des fèves et autres salades à gogo dont ne s’empiffrent pas que les piafs ! Voyez qu’il y a des restants intéressants de vie dans la vie des gens !

Les menuisiers font des devis, des quartiers entiers sortent de terre.

Les effondrés sont ceux qui pensent qu’il y a eu avant et après JC et qu’il y a aura avant et après l’effondrement. Ils attendent ça comme une tour qui s’écroule à NYC ou un pont à Gènes. Ils attendent ça comme une ville d’Ys engloutie, comme une tour de Babel ou une bibliothèque d’Alexandrie. Il y a un certain orgueil de l’effondriste, du catastrophiste ou du défaitiste à y assister et une sorte de déception narcissique à ne pas en être ! Depuis le temps que les témoins de Jéhovah nous avertissent, le je vous l’avais bien dit attend de son désir morbide une autoréalisation encore plus morbide. Non seulement je suis au plus mal mais je voudrais que tous le soient !

Les effondristes sont d’abord des effondrés. Moral perso en berne et collapsus grégaire ! En meute ou solitaires, les effondrés le sont déjà. Ils ne comprennent pas qu’à l’instar de Lascaux qui a été peint et repeint par des femmes et des hommes pendant des millénaires, notre monde moderne va se transformer, se transforme et met des millénaires à se transformer. La mutation du moment est certes rapide et ça se réchauffe indéniablement, n’empêche qu’il n’y aura pas un JC de l’avant et de l’après effondrement.

Cochet fouette son coche alors que les trains continuent d’arriver à l’heure, pour la plupart !

L’effondrologie est un truc dépressiogène auquel un, les dépressifs croient (comme en JC) ou deux, auxquels ne croient pas (comme en JC) ceux qui achètent le dernier des écrans, cayennisent leur SUV, dans une sorte d’après moi la fin du monde ! Question de croyance, voire de crédulité voire de crétinité.

Les malthusianistes à la petite semaine sont bien sûr contre le vaccin et veulent laisser les vieux mourir ou la sélection naturelle opérer, une preuve de plus au dossier des apocalypses !

La fin du monde nomme le monde de la fin. Celui des humains qui baissent les bras, de ceux qui s’effondrent sur eux, que plus rien ne retient même pas l’amour d’eux ni celui de leurs ancêtres ou de leurs enfants.

L’an 10000, l’an 10000, l’an 10000, chantait Ferré. Rendez-vous pris !

Gilles CERVERA

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