Non, l’arabe ne devrait pas être obligatoire à l’école dès le primaire. Pour autant, l’arabe est bel et bien la seconde langue maternelle en France après le français. Et sa surexposition médiatique dissimule avant tout l’indifférence jacobine face aux langues régionales.

Un rapport de l’Institut Montaigne publié début septembre préconise de « relancer » (sic) l’apprentissage de la langue arabe dans les écoles pour lutter contre le fondamentalisme islamique. Le texte affirme qu’ en « vingt ans, le nombre d’élèves qui apprennent l’arabe au collège et au lycée a été divisé par deux » alors qu’il « a été multiplié par dix dans les mosquées ». Et le ministre de l’éducation nationale, monsieur Jean-Michel Blanquer, d’affirmer qu’il est essentiel de « développer l’apprentissage » de l’arabe, mais aussi du russe et du chinois, comme si les implications scolaires et culturelles des deux dernières relevaient du même questionnement. Pour comprendre les réels enjeux de ce débat, un peu d’histoire est nécessaire.

Assurer la formation des arabisants dont la France a besoin pour ses ambitions coloniales

L’enseignement de la langue arabe en France remonte à François 1er.  Deux siècles et demi plus tard, en 1795, L’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (Langues O’)  est créée. Il s’agit d’un établissement d’enseignement supérieur chargé de transmettre les langues autres que celles originaires d’Europe occidentale. A partir de 1905, une agrégation d’arabe est accessible sur concours universitaire afin d’assurer la formation des arabisants dont la France a besoin pour ses ambitions coloniales. Bien entendu, après la décolonisation, le transmission scolaire de l’arabe sur le territoire français connaîtra un déclin inéluctable ; elle sera remplacée par l’Enseignement des Langues et Cultures d’Origine (ELCO), mis en œuvre sur la base d’accords bilatéraux prenant appui sur des conventions européennes signées entre 1973 et 1986. Le propos est alors de scolariser les enfants des travailleurs immigrants vers la France. L’accord concernait, entre autres, l’Algérie, la Tunisie, l’Espagne, l’Italie, le Maroc et le Portugal. Il permettait aux enfants émigrés de maintenir un lien avec leur pays d’origine afin, et ce point est essentiel, de faciliter leur éventuel retour. Dans cette logique, les pays d’origines recrutaient et rémunéraient eux-mêmes les professeurs. Puis. Une génération passe. Les ELCO sont remplacés en 2016 par les EILE : Enseignements Internationaux de Langues Étrangères. Désormais, les professeurs sont sélectionnés et rémunérés par la France, mais aussi intégrés aux équipes pédagogiques et inspectés. L’apprentissage est évalué et les cours ouverts à tous les élèves volontaires, quelle que soit leur origine.

Le breton à la charge financière des parents d’élèves

Avant de poursuivre, observons ceci. Jusqu’au milieu des années 80, les cours de langues relatives à l’immigration étaient transmis dans le but d’un éventuel retour au pays d’origine. En 2016, madame Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre de l’Éducation nationale, signe l’accord des EILE à propos desquels seront ajoutées d’autres formations, dont celles du turc et du croate. Toutes ces langues étrangères, arabe compris, se voient désormais transmissent par l’enseignement public aux frais du contribuable, alors que les langues régionales sont, elles, toujours cantonnées aux écoles, collèges et lycées privés à la charge financière des parents d’élèves.

Lorsque monsieur Blanquer annonce aujourd’hui l’intention gouvernementale de favoriser (c’est-à-dire d’accentuer ce qui existe déjà) l’apprentissage de l’arabe à l’école publique, force est de constater que, non seulement il s’agit d’une faute envers la cohésion linguiste nationale dont Paris utilise l’argument pour ne pas favoriser la transmission les langues régionales ; mais surtout, c’est aussi reconnaître l’arabe comme un véhicule culturel (supposément) plus important que le breton, le basque, le catalan et toutes autres langues régionales se réclamant d’un enseignent public identique à ce que l’on accorde à l’arabe : gratuit et sur une base de volontariat.

Tous les catholiques qui vont au catéchisme deviennent-ils des extrémistes anti-avortement ?

Au-delà de l’intérêt éducatif et littéraire, selon le ministre, apprendre l’arabe permettrait de mener une bataille de la connaissance afin de se passer des intermédiaires religieux habituels. Plus d’interprétation ni exégèse qui portent en elles le germe de l’islamisme. Certes ! Mais tous les catholiques qui vont au catéchisme deviennent-ils des extrémistes anti-avortement ? Non. L’extrémisme religieux n’a donc rien à voir avec la langue dans laquelle est enseignée la religion. Et l’islamisme rien à voir avec l’arabe, mais bien plutôt avec la manière de professer le Coran. Au reste, si l’on considère que l’enseignement des langues régionales enferme dans une idéologie régionaliste, pourquoi ne pas objectivement reconnaître que la transmission de l’arabe dès le primaire, en particulier par des intervenants étrangers à des élèves issue de l’immigration, enfermerait certains de ces jeunes dans le repli sur soi.

Si l’arabe devient en France une priorité d’enseignement public, dans ce cas, au nom d’une égalité républicaine et culturelle, le débat doit impérativement s’élargir à la transmission des langues pratiquées sur une partie du territoire national depuis plus longtemps que le français. L’arabe à l’école public, c’est la boite de Pandore des langues régionales, toutes légitimes parce qu’aucune ne surjouent ses influences. A propos, comment écrit-on Chouchen en arabe ?

Jérôme ENEZ-VRIAD
© 2018 Bretagne Actuelle et Jérôme Enez-Vriad

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