J’aurai donc tendu mon tarin sur un parking improbable. Ça me sera arrivé, oui ! Un jeune homme sans visage visible, en blouse blanche et gants de mains, aura aspergé mon ordonnance d’un coup de gel hydroalcoolique au point que le feuillet minable se sera ratatiné en restant, je l’espère, lisible !

Drôle d’État ! Je suis dans un drôle d’état qui me rappelle forcément l’État !

C’est une intervention chirurgicale proche qui m’oblige à ce test !

Tendre sa narine au goupillon et l’autre afin de perforer mon vide à m’en faire monter irrépressiblement les larmes aux yeux. Et ce sous un conteneur LOXAM posé entre des bagnoles garées !

M’a-t-il dit Bonjour ? M’a-t-il dit Au-revoir ? N’aura-t-il vu, le narinateur, que mon pif à perforer sans autre forme de procès ? Si ! Il a crié, l’homme masqué lorsque je m’avisais, imbécile, d’entrer dans sa cahute ! Surtout pas ! Qu’il y reste avec ses fioles à étiquettes et moi, con comme un naze, sur le bitume entre deux bagnoles qui se garent ! Bonjour le confidentiel !
Bonjour l’intime ! Adieu les rêves d’un commun partagé et de mots qui enlacent entre eux les vivants !

Quel État formidable qui fait poser des conteneurs moches sur trois emplacements et mouche ma poule ! L’obligation apparaît gratuite ! Qui paye ? Dame Sécu ? Mes amis rétifs pour aller boire un coup et se faire un ciné, Test ! Mes amis confortables pour un restau cool ou une expo, Test ! Magnifique humanité qui compte in aeternam sur son État !

J’aime me poser le cul sur le bord des quais. Pieds ballants dans le vide. Je me grise à regarder longtemps les bassins du port. Pas d’immobilité, sauf la mienne. Toujours quelque chose qui bouge, remue, se déplace. Sur l’eau, en l’air, dessous. Remugles de vases, cris de goélands, poissons à fleur. Pas de silence. Les cliquetis de risée, les anémomètres enthousiastes ou quelqu’un qui gratte un fond de cale, scie, ponce, dérouille. Un autre refait pour la mille et unième fois un calfatage. Ça bruisse. Ça cogne. Ça nage.

Un chalutier entre, manœuvre. Un autre à quai, où quelqu’un crie des ordres, a sa voix couverte par le moteur qui gronde. Et, dans ce dédale d’eau et de sons, passe en glissant une annexe avec son géant assis dedans. L’homme au ciré vert est immense, assis ou debout, sur l’esquif en plastique beaucoup plus petit qu’un mouchoir. Ça godille.

Il est de dos et il avance.

Un coup à droite. Un coup à gauche. La petite annexe est si frêle, de couleur vive, elle avance droit vers la cale. Ça ne va pas vite, presque au pied du môle. Le géant sur son petit plateau de plastoc presqu’arrive.

Un coup à gauche, un coup à droite. Leçon de gouvernance !

Mieux que pouf-pouf !

Gilles CERVERA

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