L'exposition de la collection Pinault, qui touche à sa fin, a si bien trouvé son lieu d'élection pour cette première d'envergure au Couvent des Jacobins qu'on imagine qu'elle aurait pu demeurer ici de façon pérenne si une autre histoire s'était écrite...

Il ne s’agit pas ici de faire œuvre critique et de remettre en cause la qualité de ce qui est montré, ou l’agencement de l’exposition et le cadre d’exception dans lequel elle se déroule, mais de nous poser des questions au delà des questionnements qu’elle nous invite à avoir.

« De-bout » vise à « influencer la perception du monde qui nous entoure et nous interroge sur le sens des combats que nous menons ». Soit, M. Pinault !

La tonalité générale est sombre et déprimante malgré l’injonction à se tenir « debout » et dans cette expo il y a matière pour l’antithèse d’une question qui pourrait être posée au bac : « L’art est-il la manifestation du beau ? »

Avec ce titre « Debout », il y une sorte d’injonction volontariste : rester debout – se lever, résister- face à la vie présentée à travers ces différents aspects comme une tragédie. Tous les maux du genre humain sont abordés : l’esclavage, la colonisation, la guerre, le racisme, la solitude, la vulnérabilité et la finitude de l’homme… On y trouve de la provocation, et quelque chose de dérangeant, mais rien dans le contexte actuel de réellement subversif.

En l’occurrence on tourne beaucoup autour des problèmes du corps, de la déchéance et de la mort. Et des références à l’art classique et à l’histoire, notamment la seconde guerre mondiale avec entre autre une statue, ou plutôt une presque reproduction genre musée Grévin, où l’on voit de dos un enfant à genoux, et de face on reconnaît Hitler. C’est au moins saisissant. On peut chercher, dans des vitrines agencées en forme de croix gammées, 7 petits Hitler, où par exemple on le voit dans son berceau ou en train de peindre, parmi 30 000 squelettes, et ce, pour démontrer l’absurdité de la Seconde Guerre Mondiale !

Une sculpture reproduit une célèbre photo de la guerre du Vietnam où une jeune fille, s’étant débarrassée de ses vêtements en feu suite une attaque au napalm, court dénudée… et ce pour dénoncer « la folie des hommes ».

On condamne la dictature, le racisme… on y rappelle notre condition humaine, on s’interroge sur notre place dans le monde, etc. Mais on ne peut s’empêcher de trouver cela déjà un peu daté ! Ainsi la voiture de luxe cassée ne représente plus pour les jeunes le symbole de quoi que ce soit.

Cette expo d’une certaine manière est conventionnelle, on pourrait même dire que toutes ces références sont un peu des clichés. Même si « contemporain », ne veut pas dire « actuel », et sans invalider le corpus de ce qui est présenté, on aurait pu souhaiter que « Debout » aille plus loin dans son intention et questionne aussi le monde d’aujourd’hui.

Si une des fonctions importantes, sinon essentielle des artistes, est d’interroger notre monde en se référent à ce qui s’est produit, c’est aussi d’être un minimum visionnaire. Parce que ce qui s’est présenté sous une forme, traduite dans du spectaculaire, sera loin de se reproduire à l’identique.

Il n’a jamais semblé que nous vivions dans un tel état de paix relative et qu’en même temps se profilent des catastrophes dont les premiers signes sont les replis identitaires, la lutte de chaque nation pour son hégémonie et le maintien ou la progression de son niveau de vie. Les migrations et surtout le changement climatique, qui sont des questions majeures de notre temps, car il en va de l’avenir même de notre humanité dans un relatif court terme, ne sont pas abordés. Et pour cause ! François Pinault contribue activement à ce monde capitaliste et n’a évidemment pas intérêt à trop interroger le modèle qui le fait prospérer !

Reste qu’on ne peut que saluer l’initiative de cette exposition et se louer que l’état, et nous, favorisions encore, grâce à la défiscalisation, des gens assez riches pour financer la réalisation d’œuvres qui, même si elles rentrent dans un système hautement spéculatif, échappent à la fonction utilitaire.

Le prix du questionnement !

Michel Ogier
« De-Bout ». Exposition Pinault – Couvent des Jacobins – Rennes

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