Rennes est une ville douce et plutôt creuse. Rennes a peu de sommets sauf la nouvelle gare, le Thabor et, à 77 mètres d’altitude, les buttes de Coesmes. Le centre étant à 30 m, soutenons l’idée cycliste d’un évident dénivelé !

Rennes est une ville douce, en cuvette. Venant de Nantes, dévalant les collines de Bain, un petit crénelage blanc annonce la ville. Les enfants en voiture, s’ils n’ont pas les yeux rivés aux consoles, s’amusent de reconnaître la mâchoire rennaise qui, ce sont les dents de la chance, s’étale plus que s’élève.

Championne toute catégorie, fierté rennaise : Les Horizons. Nommée chef d’œuvre il y a peu par une revue américaine d’architecture : Digest architectural. On peut au doigt mouillé dire que les ovoïdes jumelles des Horizons ne souffrent plus de contestation ni bobos ni rennaises. L’Éperon se voit aussi de loin, plus anguleux et moins épuré, dont les aspérités continuent d’agacer certains regards. À gauche, toujours sur la 137, Villejean et les tours du Bourbonnais, le fil d’acier récent du Crous à la Harpe et, un premier plan de cubes, ce sont les demi-tours et les quarts de tour du Blosne sous celle de Sarah Bernhardt, remise en beauté il y a peu.

Chaque tour a sa hauteur et son auteur. Georges Maillol pour beaucoup. Il a fortement déterminé le sky-line rennais. Un humaniste qui compte. Louis Arretche pour d’autres, dont le susnommé L’Éperon. Le reste des formes se perd, on avance, les enfants ont remis le nez dans leur console qu’ils avaient consenti à quitter des yeux un demi-quart de secondes.

Rennes est une ville douce, en creux, qui se chamaille voire s’empaille ad nauseam. L’élévation y est plus une propension spirituelle qu’un geste de béton.

Rennes est une ville douce qui joue les dures, se rebiffe et fulmine. La tour l’excite. La tour l’énerve. La tour est sujet de débat et de combat. Les tours grattent les rennais plus que le ciel, surtout ceux des rennais qui habitent une maison (15% de l’habitat rennais). Ce sont davantage les rennais des lotissements et des rues bordées de pavillons qui refusent les collectifs à étages où vit le plus grand nombre. Tout désormais divise y compris l’habitat. Ceux qui aiment leur maison avec jardin ou jardinet aiment moins les balcons fleuris sur trente étages. L’inverse est moins vrai. Ceux qui vivent dans les tours aiment le ciel et voient les choses de plus haut. Est-ce que la banane de la Binquenais fait du tort au peuple des Castors en le regardant d’aussi haut ? Ou plutôt les jardins des Castors ne s’abritent-ils pas des vents du nord avec cette falaise habitée ?

Rennes est une ville douce qui s’agace, s’énerve, refuse, renâcle, rêve d’une ville douce qui reste telle que lorsqu’il y est né ou quand il y est arrivé. La tour de grande hauteur de bureaux (désormais inutiles, c’est à noter) ou d’habitation fournit sa rébellion urbaine, justifie son opposition municipale (ah les grands débateleurs !) et ses comités, ses fédérations de Comités. Bref, il ne fait pas bon plancher sur une verticale en bord de Vilaine ! Les détracteurs de la tour sont écologistes qui craignent qu’elle ne soit inchauffable ou, plus simplement, l’ire anti-tour apprécie la déclinaison du même, insupporte les ruptures de rythme et ne déteste rien tant que l’ombre, même si cette dernière, comme la terre, tourne. Ou ces contempteurs de tours redoutent-ils à bas bruit de devoir partager une si belle douceur de vivre à la rennaise avec de nouveaux arrivants ! Est réclamé un modèle à l’américaine sans entassement ni densité, sans émergences, voire sans habitants car ce sont eux qui polluent, consomment et consument.

Quoi de mieux pourtant pour un siège d’entreprise un peu grandiloquent ou pour économiser l’espace ? Quelle autre solution pour conserver l’archipel rennais, sa couronne rurale et verte et éviter à la ville une lotissementerie invasive (et moche) ?

Comment dessiner une ville avec le crayon contradictoire de quasi trois cent-mille rennais.

L’oblique les satisferait-Il ? Le biais ? Le souterrain ?

Comment empêcher la construction permanente de la ville sur la ville ? Comment arrêter les projets pour que les palétistes gardent le soleil plus longtemps sur leur carré de bois ?

Comment accueillir de la verticale dans une ville où même la cathédrale n’a pas osé la flèche ? Reste Saint-Melaine et son clocher du XIXème monté par Jacques Mellet. Et le beffroi horloger.

Où se loger ?

Acceptons les projets urbains audacieux. Allons à Ostende, ou filons à Lausanne, deux villes plus petites ! Comparons et admirons les gestes architecturaux qui tirent ces deux cités vers le haut ! Arrêtons de couper la tour en quatre et rompons avec ce jésuitisme morose qui consiste à proposer vingt-sept étages pour en rabattre trois, de sorte que le Comité de quartier ne s’en ravit jamais !

La ville a besoin de lignes horizontales et de grands mâts vertigineux. Encore un effort, Roazhon pourrait devenir la dernière des métaphores bigoudènes !

Rennes est une ville douce et en creux dont l’architecture n’intimide personne ! Dommage, puisque presque tous les Rennais sortent de leurs gonds ! Leurs quoi ?

Gilles CERVERA

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