Partout la crise abat ses cartes, et alors que certains pouvaient encore se dire il y a quelques mois qu’elle était pour les autres, voila que nombre de changements non désirés frappent à toutes les portes. La litanie des plans sociaux a fini par toucher quelqu’un de proche, l’ami commerçant se plaint plus que de coutume…
Mais surtout une certaine inquiétude globale semble convoler avec les jours plus courts. Quelque chose est en train de changer en profondeur dans notre société, sans que l’on sache exactement quoi, ni comment cela va se traduire au final dans notre vie de tous les jours.
Les femmes et hommes politiques sont disqualifiés dans la plupart des pays européens, car c’est bien cette vieille Europe qui semble chanceler le plus. Ainsi des pays de grande culture, tels la Grèce, l’Italie, l’Espagne ou le Portugal souffrent plus que les autres, comme si une certaine nonchalance, une sorte d’art de vivre, une envie sincère de ne pas se plier à toutes les contraintes se payaient soudainement cash. On prédit dès lors une Europe à deux vitesses, celle du Nord dans laquelle on travaillerait sérieusement depuis si longtemps qu’on pourra continuer à collecter sans problème les fruits de ce labeur, de cette production à forte valeur ajoutée. Et une Europe du Sud, dont devrait sous peu faire partie la France, qui deviendrait essentiellement une destination touristique, ne produisant plus de voitures ni de hautes technologies, mais plutôt de l’huile d’olive, du vin et autres « bons produits ».
Une première question vient à l’esprit : comment pourra-t-on être breton dans cette partition annoncée ? Nous qui ne sommes pas des « latins » dans l’âme, mais qui ne faisons pas de fait vraiment partie de l’Europe du Nord, en tous les cas politiquement. Notre place reste sans doute à inventer, et c’est un beau défi qui s’offre à nous. Par ailleurs, ce qui saute aux yeux, c’est qu’on aurait dû construire cette Europe politique depuis longtemps, et non pas attendre la crise pour la remettre sur les rails, au moment où des gouvernements, parfois corrompus, s’écroulent, au moment où des peuples entiers ne peuvent plus boucler les fins de mois.
L’Europe, il aurait fallu y penser avant… Il n’est peut être pas trop tard, mais plutôt qu’évoquer seulement dettes et fuites des capitaux, pourquoi ne nous parle-t-on pas de notre culture commune, de tout ce que nous partageons depuis au moins deux millénaires. Cela ne ferait sans doute pas rentrer d’argent dans les caisses, mais donnerait un peu de sens à tous les sacrifices demandés. Malheureusement la culture, dans toutes les acceptations du terme, reste la grande absente du débat européen en cours. Gageons que les choses puissent encore changer. Et souscrivons à cette idée relancée par Jacques Attali de créer un passeport européen pour celles et ceux qui souhaiteraient se soustraire enfin à tous ces patriotismes désuets, à ces règlements de compte ineptes entre Nord et Sud de l’Europe. Un nouveau passeport pour celles et ceux qui désirent partager ces cultures millénaires sans calculette ni drapeau. Chiche !







