« Il est long à se déclarer, ce pays / On n’en perçoit pas tout de suite / Le tressaillement organique / On le trouve généralement beau / C’est une manière de s’en débarrasser/ Il faut s’y enfoncer, s’y perdre […] »
C’est Georges Perros qui écrivait cela dans ses Poèmes bleus publiés chez Gallimard en 1962. Lassé de Paris, le comédien en rupture de planches venait de s’installer à Douarnenez pour y vivre plus mal que bien de lectures de manuscrits, de rédactions d’articles de revues et de dictionnaires. Et aussi de flâneries à corps perdu, de fréquentations assidues des cafés du port de Rosmeur, de promenades à moto dans les sables de Saint-Nic.
Comme Saint-Pol Roux le Marseillais, installé la quarantaine venue, à Roscanvel puis à Camaret, comme Xavier Grall, absent du Finistère de vingt à quarante-trois ans, comme Gérard Le Gouic vivant toute son enfance à Paris et la première partie de son âge d’homme en Afrique, Perros ne découvrit la Bretagne que sur le tard. Est-ce pour cela qu’il saisit si bien l’âme d’une contrée dont il épouse la substance intime et toute l’acidité du sel ?
On a abusé peut-être de cette parfaite expression de Julien Gracq : « C’est ici une province de l’âme ». C’est pourtant, et de loin, celle qui convient le mieux pour dire la relation hantée que les artistes – mais aussi nombre de femmes et d’ hommes qui ne prétendent pas à cette belle étiquette – de Bretagne établissent avec la caresse bourrue des rivages ou des terres bocagères de la péninsule. Pays écrit encore le moine–poète Gilles Baudry « aux vents de haute lisse / où brodent les fougères / où d’herbe en arbre/ La sève remonte le fil de sa mémoire // Pays / où le secret est un bouche à oreille / De la part des sources // L’air y grisolle […].
Pour dire exactement ce pays – « en langue bleue que vous savez » – écrit René Guy Cadou -, Bretagne Actuelle se met à l’écoute, à l’affut, non seulement des artistes les plus connus, ceux dont les noms figurent désormais en bonne place aux panthéons des musées, des anthologies ou des manuels scolaires, mais aussi, mais surtout, de celles et ceux « lointains, relégués, pour quelque raison douteuse » que leur jeunesse, le poids tenace de l’obscurité, la simple injustice, parfois leur choix linguistique ou l’audace de leur aventure singulière maintient pour l’instant mal connus. C’est à la découverte de ces voix multiples et singulières que nous convions tous nos fidèles – et celles et ceux qui, en ce début d’été, nous découvrent.







