par Alain-Gabriel Monot
La Bretagne sur une carte géographique, c'est une péninsule entourée de bleu au nord, à l'ouest et au sud. Désormais, le bleu est aussi à l' est puisque les quatre départements frontaliers de notre région, Manche, Mayenne, Maine-et- Loire et plus encore Vendée ont choisi de demeurer majoritairement fidèles à Nicolas Sarkozy
Nous voilà devenus une vraie île politique ! Car, au contraire de leurs immédiats voisins, les Bretons affirment une forte espérance en François Hollande. Longtemps terre de droite, la Bretagne a désormais entièrement basculé, Morbihan inclus, du côté de la gauche. Sans surprise, les habitants de Lannion ou de Guingamp donnent 68 % de leurs suffrages au nouveau Président de la République. Mais à Rennes, ce score est également à 67 % . Il est de plus de 63% à Quimper, de 62 % à Brest, de 61% à Nantes.
Certains avancent que la tirade tristement célèbre de Nicolas Sarkozy en 2007 » Je me fous des Bretons » est restée en travers de bien des gorges et de bien des susceptibilités… Mais au-delà, ce que nous montre, entre autres, l’ouvrage récent, et fascinant, d’ Hervé Le Bras et d’ Emmanuel Todd, L’Invention de la France, atlas anthropologique et politique ( Gallimard, 2012), c’est que les Bretons ont pour beaucoup d’entre eux un goût presque obtus pour une belle forme d’égalité. Dès que la pratique religieuse s’estompe, timidement dans les années 60 , plus radicalement dès la fin des années 70, l’électorat breton s’affranchit du vote conservateur que prônaient les autorités religieuses et choisit le camp rose, parfois le camp rouge, plutôt que celui qui pavoise en bleu … ou en brun.
Puis notre région n’est guère tentée non plus par le goût du luxe et de l’ostentation. Le plus grand nombre a bien compris qu’il vaut mieux avoir des amis nombreux en une maison accueillante qu’une Rolex derrière une porte blindée…Durant les cinq années de pouvoir de Nicolas Sarkozy, nous sentions lever la gêne, souvent la colère, parfois la fronde contre cet amour des biens matériels érigé en doctrine dominante, cette drôle d’idée manichéenne que le riche serait estimable tandis que le pauvre serait méprisable. Nous n’aimions pas non plus l’autoritarisme proche du mépris. Et moins encore l’inhumanité tranquille de certains prédateurs, proches – trop proches – du pouvoir en place et benoîtement occupés à transformer les citoyens en nouveaux serfs de leur ordre économique sans foi ni loi.
Au moment où cette parenthèse se referme et où nous espérons seulement un peu plus de justice et davantage de simple humanité, nous lançons et tâchons de développer ce site. Il affirme, ici et maintenant, une façon à la fois modeste et résolue de traiter de l’actualité culturelle en Bretagne. Nous ouvrons nos « colonnes » à des penseurs, à des écrivains, à des musiciens, à des metteurs en scène, à des femmes et des hommes qui ne nous semblent pas indignes d’un intérêt partagé. Nous aimons la singularité de leur réflexion ou de leur gestes artistiques toujours inscrits de ce côté haut sur l’horizon où l’air est plus rare mais aussi plus précieux. Toutes et tous nous disent – à voix claire ou à voix de gorge- que la vie, la vraie vie, la vie réfléchie, à tous les sens de ce dernier mot, d’un être humain vaut mille et mille fois mieux que la condition sotte et cruelle de consommateur seulement avide de denrées périssables et de clinquantes machines à laquelle on tente trop souvent de nous confiner… et de nous réduire.







