Noir gallo. Blanc bretonnant ! Notre unité et notre division. Notre comptabilité aussi ! Le noir pour les cinq Pays Rennais, Nantais, Dolois, Malouin, Penthièvre. Blanc pour les quatre Léon, Trégor, Cornouaille, Vannetais.

Le Gwen-ha-Du aura bientôt un siècle, pas tout à fait. Son auteur, Morvan Marchal, a emprunté à l’héraldique rennaise.

Neuf bandes. Onze hermines. Beau comme du Buren ! Beau comme un pavillon qui flotte au mât des bateaux, au timon des Ty-Ker, bref, il est partout. Timbre sur les plaques d’immatriculation des voitures ou signe de ralliement discret, d’autant important sans doute qu’on est éloigné du pays. La diaspora porte son drapeau tatoué a galon !

Pas là qu’on veut en venir pour cet édito de bons vœux !

On voudrait une Bretagne belle et sensible, réunie à cinq et tant mieux si Nantes a sa bande noire, gallèse donc !

Ce qui sépare devrait être moins puissant que ce qui unit. Faisons dans le symbolique puisqu’aussi bien, ce n’est pas l’historien de l’ours et des couleurs, Michel Pastoureau, qui dira le contraire : le drapeau est un symbole.

Noir et blanc, et pourtant pas si manichéen qu’on pourrait craindre. Pas tant binaire que ça, beaucoup plus complexe et polysémique qu’il n’y paraît.

Si l’on consent à s’affranchir de ce qu’on voit et à s’en tenir, selon Saint-Ex, à l’invisible.

À cette ligne fine, ce fil ténu, ce liséré ni noir ni blanc. Ce noir et blanc !

La lisière est de quelle couleur ?

Là qu’est la Bretagne en tant que philosophie ! À cette lisière, sur ce fil fin d’entre les bandes ! Là que résident un humanisme et un existentialisme ! Entre les bandes qu’est l’infini infime qui unit. Là, sur ce ni noir ni blanc, pile à cette limite sans limite, sur, dans, hors cette arête abstraite, là que tout commence, que tout peut être possible.

D’humain.

Donc d’universel.

Et bien au-delà du signe triste qu’est après tout un drapeau, étendard belliqueux s’il en est, qu’on voudrait laisser tomber, relevons quant à nous le gant des idées ! Relevons ce que ce drapeau noir et blanc dit de nous, de l’humain, et s’il est breton, portons cet exergue à tous ceux dont la langue fut éradiquée, ceux dont les terres furent expropriées, les kanaks, les aborigènes, tous les Indiens du monde dont le Gwenn-ha-Du serait pertinent quant à cette ligne ni noire ni blanche, cette non-ligne !

Cette non-ligne, revendiquons-la ! L’interstice, l’intersigne, l’entre couleur !

Cette non-ligne des langues perdues et retrouvées, des écrits brûlés, des sabots au cou et des femmes et des hommes humiliés.

Là : entre chaque bande que les couleurs franches et opposées semblent séparer, dans ce qui peut apparaitre divisé et clivé, retenons ce ni l’un ni l’autre, ce l’un et l’autre, cet endroit précis, une frontière optique, un truc qu’on ne voit pas quand on le regarde, qui n’existe pas et où ça a lieu.

La liberté.

Juste à cet endroit.

Le contraire de la frontière, l’inverse d’un mur, l’envers de la mort, la vie.

Entre le noir d’une bande et le blanc de la suivante, fixez cette ligne. Elle tremble, elle ondoie, c’est une ligne vivante. Peut-être est-ce, symboliquement, l’endroit du monde le plus lumineux, le plus vibrant, le plus chimiquement actif.

Ni d’un côté ni de l’autre, le barycentre !

Là, sur cette ligne invisible, où le noir ne l’est plus, où le blanc ne l’est pas encore, ou plus du tout, c’est là que sont les Bretons et tous ceux du monde entier, on les appellera par commodité réductrice, essentialiste, Bretons, à qui on veut souhaiter une bonne année avec moins de séparé et plus d’intérêt commun.

Davantage de sable sur la plage, plus de rayons au soleil et d’oiseaux dans le jardin !

Finissons l’année et commençons l’autre en surdémultipliant le Politique. Il y a deux trous noirs, deux no-go zone : le Yemen et l’Afghanistan. Plaidons pour que Gwenn-ha-Du flotte haut et drape, en démultiplié, notre yeah-go zone !

Bloavez mad, c’hoar ha vreur !

Gilles CERVERA

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