On ne sait plus. Peu savent du début jusqu’à la fin où ils habitent et sur quel bord ils dorment !

Les changeurs changent et ne s’échangent que peu de solutions : ils voteront ou pas ? Ils s’abstiendront ou pas ? Ils préfèreraient ne pas ou ils ne préfèrent pas ?

Avoir vécu 1789, 1870, 36, 68 et avoir passé l’an 2000, tout ça, pour ça !

Ce serait sans moi ! Facile ! 1789 fois faciles ! 1968 fois fastoche et fantoche !

D’autres changent de côté plusieurs fois dans leurs lits.

Avant, mais c’était avant, chacun avait sa place. Le matelas portait les marques et le sommier aussi. Le lit était clos, avant !

Maintenant le matelas est à mémoire de formes mais il y en a trop. Impossible pour lui de toutes les retenir !

Côté gauche du lit, alors là, foutu bazar. Pour ne pas dire pire ! Et, visiteuse de la vingt-cinquième heure, voilà Christiane qui nous donne des nouvelles de Guyane ! Attendez-moi, j’arrive, et si ça continue, retenez-moi je vais faire une bêtise ! Christiane est parfaite. Elle va nous donner à nous les Bretons plein d’autonomie, beaucoup d’irrévérence et pas mal de lyrisme. À ceci près que personne ne veut se pousser, mon coude, mes genoux, mon menton, tant pis, pas de place pour Cricri ! Madame Lulu qui lilit dans les bouboules de cricristal me l’a dit ! Trop vieille, trop clivante, presqu’autant que son pas-copain Jean-Luc. Lui, le tribun boucané tente aussi un dernier tour de piste, bien à gauche sur le sommier. Il promet des promesses, presque un Grand Soir, un vrai crépuscule.

Côté chien et loup, surtout loup, le crépusculaire est dans le lit à droite, à presque tomber, s’accroche aux draps, tire la couette, à deux ou trois, ils sont non seulement ridicules mais dangereux.

Au milieu du plumard, c’est plus confort, ça sent la rivière. Verte la vallée ! Qu’elle était verte !! Yannick a une voix forte, bien timbrée, centrée sur les questions primordiales, et dans un profond sommeil, métaphore du lit oblige, matelas grand confort, tout le monde s’en fiche, personne n’écoute, ça ronfle avec boules Quiès dans les esgourdes !

Donc le centre !

La rivière est profonde dans la chanson et en démocratie aussi. Là qu’est l’équidistance, là qu’est le mou, le quantique, le contradictoire ou le rien. Les dents de Lecanuet, l’accordéon giscardien ou l’indolore delorisme. Bref le rien gouverne tous.

Au milieu du lit, du temps des Chevaliers et de leurs courtisanes, on posait quand icelles n’étaient pas prêtes, trouvaient que l’autre puait par trop du bec ou des pieds (ça marine dans les bottines !), bref, pas ce soir Coco, au beau milieu du lit, était posée entre les corps, l’épée.
C’était signe de rien. Pas de ça Lisette, on contera une autre fois lurette !

Rien ne se passerait donc cette nuit-là.
Il vaut mieux rien que le trop plein de promesses inatteignables. Rien vaut mieux que la guerre civile et civilisationnelle. Rien au lieu de trop, rien plutôt que pire, rien n’est déjà, démocratiquement, pas loin de bien !

Bon dindon, bon chapon hag laouen Nedeleg !

Gilles CERVERA

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