Cinquante millions de mes congénères sont peu ou prou de mon avis ! Vaccinés contre le coronavirus. Peu ou prou, sans en faire un plat. Certains plus que d’autres, plus contraints et forcés que la moyenne, d’autres sans barguigner, pour protéger autant que faire se peut et se protéger en passant. Être tranquilles au demeurant !

Mon carnet d’adresses est minuscule, force est de le noter humblement.

Mes amis ne sont pas si nombreux, ni les amis de mes amis auxquels je tiens comme à la prunelle de mes yeux car ils me tiennent, m’aiment et cet amour est réciproque. Une fraternité simple, qui nous fait nous réunir quelquefois depuis plus de trente ans, c’est rare, ou plus récemment par la magie des recompositions. Les cercles se sont croisés, élargis, se recoupent. Et c’est formidable de se retrouver un soir à table, un midi au restau, sur une plage un dimanche, ou un sentier où marcher en parlant. Ou parler en marchant.

Sauf que.

Voilà un séparateur d’amitié incroyable. Et nouveau ! Le corona !

Voilà un rond-point idéologique à contourner. Un obstacle de plus tendu comme un piège au beau milieu des chères relations.

Mon listing  amical, je le disais, est loin d’un ministre et beaucoup moins fourni que d’un président de club ou d’un conseiller municipal d’un bled de deux-cent cinquante âmes. N’empêche, je l’avoue, c’est terrifiant, voilà que je constate que j’ai dans mon entourage affectif, amical et fraternel, davantage de refuzniks que dans la moyenne moyenne !

Qu’est-ce à dire ?

Mon milieu ? Celui des vieux soixante-huitards ? Celui des vieux à qui on ne la fait pas ? Qu’ont-ils tous ? Ce sont amis que vent emporte et il mentait devant ma porte !

Nombre d’entre eux ont tourné ces derniers temps scientifiques. Énonçant des thèses absconses, surtout quantiques : deux quand même ! D’autres disent qu’ils doutent ! D’accord mais de quoi ? Une fait appel aux Lémuriens. Elle ne va plus au travail, une infirmière de moins pour nous soigner ! L’autre dit que Macron, un que Véran, certains que le transhumanisme et le covid ! D’aucuns trouvent que le vaccin n’a pas suivi les protocoles habituels, mon copain s’avère médecin, épidémiologiste, sachant des trucs que peu savent ! Un ou deux me convainquent que le capitalisme pharmaceutique est plus capitaliste et moins vertueux que le capitalisme capitaliste. La faute à qui ? À on ! Le pronom du moment le mieux partagé. La faute à on !

Tous, dans mon milieu, avaient la joie insigne en nous retrouvant de se raconter des livres, des films et de refaire ensemble le monde, ou au moins le tour des scènes où l’un ou l’autre avait traîné, de théâtre ou de concert !

Ils lisent encore mais de plus en plus sortent de leur chapeau des noms jusqu’alors inconnus qui s’avèrent détenteurs de science extrêmement indispensables. Un physicien par ci, un médecin par-là, eux pour qui la poésie, le théâtre étaient les deux pointes du compas !

Comment se retrouver pour boire un coup puisqu’ils n’ont évidemment pas de Pass ou doivent s’infliger des tests nasaux ou des ruses antirépublicaines pour monter dans mon train !

Force m’est de constater que je suis court en argument. J’aime trop le théâtre pour m’en passer. Trop le ciné pour ne pas y aller trois fois par semaine ! Snobisme absolu alors qu’Alep est un champ de ruines (Voir sans quitter son canapé Pour Sama sur Arte replay) ! Et force m’est surtout de constater que je passe pour un naïf, un con quasi, un qui croit ce qu’on lui dit !

Pas mes amis.

Eux ne se fient qu’à ce qu’un spécialiste leur dit et c’est le leur !

Ils ne croient que ce qui n’est pas institutionnellement énoncé. Là est le nouveau défi ! Trumpiste ! De n’accorder de crédit qu’aux contre-vérités.

Ne croyez surtout pas ce qui m’arrive !

Gilles CERVERA

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