Une carte francofrançaise du taux de vaccination montre explicitement une diagonale vaccinée d’Hendaye à Dunkerque et moins voire peu à l’est de cette ligne.
Quel que soit l’âge du capitaine. Pour les Vingt/Trente, pareil. Le record battu de taux vaccinal est toujours en haut à gauche, entre Léon et Pays Pagan ! Ceci dit pour ne pas encore davantage diviser les Bro !
Qu’est-ce à dire ?
Il n’y eut pas moins de ronds-points à palettes et de chuppenn mellen ! Plus qu’ailleurs de bonnets ruz ou de portiques en feu ! De cela on en est sûr ! Il y a certes moins, beaucoup moins d’extrême aux extrêmes ! Peu de vote RN, pas trop d’ultra sauf dans les fonds de vallons, les replis discrets de ZAD, à NDDL de très récente mémoire.
Bon. Alors quoi ?
La façade atlantique, l’ouest, donc la Bretagne a plutôt été moins amochée par la mortalité épidémique. La Bretagne déplore ses morts, bien entendu, mais proportionnellement beaucoup moins que dans l’Est, le Lyonnais ou la sécante Marseille/Nice. Alors, quoi ?
Qui ?
Le fond breton ! La bretonnité ! Ce que Breton veut encore dire !
Ce n’est pas que la maladie touche proportionnellement moins au taux vaccinal puisque le seuil le plus morbide précède évidemment la mise en place des premières sessions de vaccination, notamment dans les ehpad .
Tentons l’hypothèse bretonne.
Pourquoi se vaccine-t-on ici à donf et sans beaucoup barguigner ? Pourquoi ce pays de champs, de plages immenses ou de criques à vent ponant, ou zef certifié a-t-il ainsi, dès le départ, proposé à la piquouse son épaule ?
Et si la présence mythologique ! Et si l’esprit celtique ! Si l’aura des enclos, si l’infra-culture commune et la proto-histoire jouaient leur rôle ! Après tout ! Tout est culturel non ? Un fest-noz est un fest-noz et la chaîne qui lie les uns aux autres n’est pas de contamination sauf présence commune, partage de mains et kan ha diskan ! Surtout, ici, à prendre en compte et d’autant que s’agissant de la maladie, vestibule de la mort : l’Ankou !
On ne rigole pas (ou peu) avec ça.
Avec elle. Notre double. Notre ombre quand on va, notre vis-à-vis quand on parle, notre interlocutrice quand on vit !
Ya-vat ! L’Ankou ! A majuscule ! La charrette qui crisse, les essieux qui grincent, la faux dans le ciel qui fauche les herbes folles, les âmes lentes à se relever ou les perdus d’entre deux rives !
Résumons.
Entre romantisme hugolien, tables tournantes, illusions cosmiques, Barzaz Breizh, fluides telluriques et racines.
La Bretagne ne fantasme pas l’envahissement des hordes et ni la théorie du grand remplacement ne hante ses nuits car ses nuits sont sur socle stable, platier de roches ou naufrageurs à cornes en lanterne et roue libre de charrette en ornières sèches.
La Bretagne n’a rien tant peur qu’acquis la question, et de longue date, de la mortalité.
Entre Trégornan et Kergrist-Moélon, les ossuaires sont pleins. Bien ou mal rangés mais pleins. À Lanrivain aussi. La mort est là. Représentée partout. Nul ne peut nier qu’elle existe. Sur bois, a fresca dans la chapelle Kermaria An Iskuit à Plouha ou en granit, tout partout par ici et par là.
Se vacciner ne nuit pas ! Le vaccin est un allié breton et, plus généralement, dans l’ouest ! Ah les lanternes des morts d’Aunis et de Saintonge ! Le Breton se range dans l’ordre médical du ça peut toujours servir, c’est toujours ça de pris, ça peut pas faire de mal, nous voilà quitte et ce, de quinze ans à quatre-vingt-quinze !
La représentation des hordes sauvages, non, mais la représentation de la mort, oui !
Vaccinons-nous, il en restera toujours quelque chose !
Yech’ mad !
Gilles CERVERA







