Non, cher ami rennais, tu ne rêves pas. Oui, ça fait bientôt deux ans que tu attends à la station et le métro n’arrive toujours pas. Ta valise à roulettes s’affaisse, ton manteau est humide, oui, tes épaules se voûtent, ton sandwich sèche ! Oui, oui tu attends et tu te demandes pourquoi le métro ne déboule pas ! Deux ans debout, tout seul. Personne ne t’avait prévenu !
Tu as pourtant regardé le panneau électronique, composté, passé le portillon, d’autant plus facilement que tu n’es pas en fauteuil roulant, toi.
Non, ami rennais, tu es comme vous et presque comme moi, valide, humm faut voir, et au courant de la politique locale. Hummm… hummm, jamais vraiment, ni de ses arcanes !
On t’a vendu une politique participative. On t’a fait croire à un budget inventif où tu pourrais faire mumuse et ça, ce n’est pas qu’un hochet renno-rennais puisqu’en effet force est de constater que des budgets participatifs ont été alloués et que les jardins flottants, hummm, flottent sur la jolie Vilaine. Ce n’est pas Bangkok non plus, mais ça, n‘exagère pas, on ne te l’a pas vendu.
Oui, les bancs de bois ont surgi place Hoche et ça te fait plaisir si tu es un ado, en planche à roulettes, en skate ou en pack de bières d’y passer un bon moment. Convivialité garantie. Il y a aussi un kiosque à miroirs quai Dujardin, des chèvres qui font la preuve que la fabrique rennaise est citoyenne et la rénovation réussie de la Ferme des Gallets, entre autres. Ami rennais, tu ne rêves donc pas ! Il y a plein de réalisations et de jolis projets et puis celui-ci, dont tu ne sais pas grand-chose sauf que tu l’attends ferme, la ligne B ! LA deuxième ligne de métro.
Tu l’attends. Tu es parti à Via Silva, aucune hésitation au Gast, tu t’es branché Mabilais car tu es tech, Saint-Germain car tu es germanopratin, tu t’es appliqué à mettre en bouche la station compliquée à dire dédiée à trois noms d’un coup. Attention Rennais, éternue bien : Joliot-Curie-Chateaubriant. Comme dit l’autre faudrait savoir et choisir est un art difficile !
Bon, rennais d’est ou rennais d’ouest, en un mot comme en cent, tu l’attends ton métro mais il ne t’échappe pas qu’il n’arrive pas. Aucune voiture automatisée Siemens ne s’annonce. N‘est annoncée avant, hummm…. Suspense rime avec siemens !
Tu l’attendais fin 2020. On aurait bien inauguré ça à noël, la big fiesta ! Bon, la com s’échoue sur des trucs à la noix, genre coronavirus. Ce serait-il pas une idée qu’elle ne serait pas mauvaise d’inaugurer une station à ce nom-là ? C’est qu’il en fait baver des ronds de chapeaux à plein d’autre qu’aux rennais. La gueule que ça aurait ! Au lieu du classique station Gl De Gaulle ou du classieux Station République la Station La Covid !
Malin car toutes les stations sont vraiment vides. Elles sont faites, finies, quasi fignolées mais pour un bout de temps, vides ! Puits Voltaire, Puits Vincennes, Puits Lafond, les puits s’épuisent et personne aux margelles.
On s’est dit en juin vingt et un. Pour la non-fête de la non-musique. Et puis non. Alors, pour septembre ? Ah oui la rentrée. Rennes-Ville-Étudiante s’il en est une aurait avec force empathie fêté ses étudiants nouveaux avec une ligne B ! B comme bonheur, n’est-il pas ?
Patatrac. Pauvre ami rennais, tu dois faire encore le pied de grue. Renfile tes baskets, marche. Rembobine ton film. Et pourquoi ?
Là que manque au Rennais lambda quelques éclaircissements démocratiques. Au moins des bribes !
On délègue ? On délègue. On est en confiance. Perso, j’ai construit il y a peu. Je n’ai pas aimé mais pas aimé du tout les défauts, les dysfonctionnements, les défaillances d’artisans, les machins qui font des contentieux, des retards, nous font regarder à la réunion de chantier de manière un peu crispée les opérateurs qui discutent avec le maître d’œuvre. Langue assourdie, on sent que ça barde. Le maître d’ouvrage s’approchant, moi, les sourires plus que tendus réapparaissent. Hummm.
On se plait à plaindre la maîtresse d’ouvrage, Madame la maire, qui opère en notre nom. Est-ce que c’est malin de ne pas avoir fait appel au même fabricant de Val pour les deux lignes ? Il était plus cher le VAL Alstom ? Moins sexy ? Son mariage avec Bombardier n’était pas compétitif en bord de Vilaine ? Pourquoi préférer M et Madame Siemens mieux connus pour leurs enceintes audios que pour leur métro automatique ? Bon, le rennais pardonne beaucoup. Il a bon cœur et a le sens des civilités et de la civicité. Ça existe ça ? La civicité ?
Il est même prêt, le Rennais civique, à comprendre que Siemens qui expérimente un bidule avec caisse reposant sur châssis et des essieux de type routier sur rail central et galets Translohr ait un côté innovant franchement innovateur seyant à la capitale bretonne ! Après le Minitel, le VAL sur site en béton ! Bon ! Le galet Translohr me rappelle mon Solex mais c’est dans une autre dimension que ça se passe !
Soudain, l’ami rennais qui traîne depuis des années son spleen à la station Gros Chêne sans que rien ne se pointe trouve, car beaucoup lui échappe, que c’est abusif d’abuser de sa patience.
En attendant, décarrant découragé d’attendre à Gros Chêne, il rame en bagnoles ou en vélo à pile en attendant la rame puisque de beurre en branche et de Siemens point !
C’est trop loin, l’Autriche, pour le SAV du VAL ! Trop loin pour se mettre en dépendance d’ingénieurs qui, au passage des frontières, doivent montrer CPR du jour et garantie sans covid. Quand la rame à l’essai vire au casse-tête, le rennais a entendu dire que la dite rame était montée sur un poids lourd, lequel traverse l’Europe pour rejoindre sa maison mère ! Oui, oui, en poids lourd la rame à Siemens. Gâchis ou ça y ressemble !
Il y a des coups de pieds verts au cul qui se perdent, non ?
Le rennais attend en fait depuis 2013 ! Il sait le chambard que ça fait dans sa cuisine quand il décide de tout laver. Il enlève la table, lève les chaises, déplace l’électroménager. Puis il attend que ça sèche ! Ici, c’est pareil : la ville a tout remué. Des paquets de terre, a planté des pieux, du béton en veux-tu en voilà, il a fissuré deux trois trucs rue de St Malo. Bon le rennais est de bonne volonté. Il attendait que tout soit rangé, que ça s’arrange. Il y croyait. Voyait au fur et à mesure disparaître des palissades à bandes turquoise, il comprenait que des rues à nouveau étaient rendues à la circulation, il voyait ça venir ! Il voulait oublier le chambard. Ne pas mourir avant ! Mais certains rennais ne sont plus certains d’être à dix minutes d’une station puisque pas de station Cimetière du Nord ni de l’Est ! Passons ! Le rennais a de l’humour (noir) et depuis 2013 qu’il dévie, tournicote, rebrousse, il se disait que ce n’était pas un ingénieux ingénieur allemand qui allait se mettre entre son espace public et lui. Doch comme on dit là-bas !
Pourquoi diable a-t-on voulu expérimenter du nouveau puisque l’ancien marche du tonnerre ?
Bon, le rennais a enfin compris, retard pris, constaté, après retard officiel annoncé, que la technologie VAL de Siemens était expérimentale ! Une première. Ah bon. Le rennais essuie les plâtres, en fait et se doit d’aimer ça !
Pas sûr que la municipalité métropolitaine ait tout bien expliqué, compris, fait comprendre, en temps et en heure.
Il est juste que celui qui patiente à la station Gaîté pourrait perdre la sienne en trouvant franchement longuet le temps et fatigante l’attente. Pourquoi pas, autre idée, la Station Godot ?
C’est surtout de pédagogie que le rennais est friand. Et juste avant que ne s’engouffre la mauvaise foi des oppositions : il ne serait rien de pire que chaque rennais s’oppose de l’intérieur et devienne de mauvaise foi, attrape une gandonite aigue à l’épaule gauche ou un compagnulcère à l’estomac, voire une bacheliérite épouvantable.
Le rennais attend. Mais c’est long. Et inflammable puisque tout l’est devenu !
Gilles CERVERA







