Il faut attendre. Ça va venir. Nous allons y venir. Enfin, l’horizon. Le bout du tunnel. Nous allons. On va. Bientôt. Le mois prochain. Dans un mois. En 2024. Au printemps. Pour l’été. Plus tard. Nous allons. L’année prochaine. Bientôt la sortie. Il y aura. Vous allez. Nous verrons.

Ah bon !
À la grande école de la nation, sur le tableau citoyen de tout un peuple, le futur proche est le temps qui se conjugue le plus, se ressasse à longueur de temps, s’apprend et se récite, nous imprègne, nous endort le soir, nous réveille la nuit. Demain sera un autre jour. Eh bien non. Demain s’avère exactement pareil. Sauf au joli refrain d’il y aura, à la ritournelle du nous dirons que ça viendra. Ça va le faire ! Les vaccinomachins seront dromes. Les palettes astrazenicaisses ou les frigos pfizeriens seront pleins ! La preuve par les masques qui ont fini par sortir des chaînes. Irréfutable preuve pour continuer d’espérer et continuer à penser que les composants chimiques du cachet d’aspirine, un truc simple, seront bientôt européens !

Le présent est au futur. Les musées pour plus tard, les cinés à venir. Il n’y a que le robinet des radios et des télés qui coulent et roucoulent, que les médias internautiques qui moulinent le vrai et le faux.

Il y aura la certitude d’être certain. Viendra la vérité des huit milliards de bras piqués ! Quand ? Cela va prendre du temps, cela se fera, c’est en cours, les commandes sont passées, les livraisons tracées, il suffit de scruter les tarmacs ou les plateformes d’autoroute, de vérifier les stocks et surtout, surtout, de patienter.

On apprend à conjuguer la vie au futur proche ou au futur lointain. On ne vit plus mais on vivra.

On ne voit rien mais on verra. Rien ne vient mais ça viendra.

On voudrait même, on espèrerait surtout que quelqu’un, par exemple une grosse tête, genre un élu, sache ce qu’il va nous arriver, prédise, oracule. Déjà, jadis, notons-le, les poules étaient ouvertes. Fut un temps où, ventre éventré, les tripes parlaient. Un temps où les enfants, pas tous, étaient sacrifiés, bouffés tout cru par Kronos. On y revient. Madame Soleil soufflerait l’avenir aux oreilles des présidents, humm c’est déjà fait, ça. Des diseuses de bonne aventure, dans des caravanes vintages ou sur des applications de smartphone, nous annonceraient l’avenir, nous diraient l’après, nous le dessineraient en bleu azur avec les traits d’avion qui sillonneraient le ciel et les conteneurs remplis à bloc qui ne boucheraient plus le Canal de Suez.

Il y a toujours quelque chose qui cloche.

Notre interdépendance est caduque. Le canal se bouche. Les airs se vident. Il n’y a plus pour les pauvres humains que nous sommes qu’à rêver au printemps qui annonce l’hirondelle et aux vents qui sont d’Est et soufflent dans le sens de la soie sur la route.

Je m’asseois au bord des routes.

Je rêve à maintenant.

J’en ai marre du futur. J’écoute les oiseaux qui merlent et les Communeux dont c’est l’anniversaire. Je me rappelle comme hier celui des cents ans de la Commune. Ma bonne ville de St Brieuc refusait de débaptiser le Boulevard Thiers en exigeant du maire, les riverains dudit boulevard y habitent des hôtels particuliers, à chaque bout un double panneau : Boulevard de la Commune, ex boulevard Thiers. Ce qui prend de la place sur une enveloppe, reconnaissons-le.

Plus facile de se souvenir que de penser l’avenir. Plus facile de se retourner que d’avancer. De rétroviseurer que de pare-briser. Ça m’a foutu un coup de penser que j’avais vécu à fond ce centenaire et que, cinquante ans plus tard, les mêmes polémiques, les mêmes colères, les mêmes pro-Thiers et les mêmes anti-M-Thiers ! Courage, nous vivons.

Nous aurons des vaccinomachins puisque nous avons des masques. Ils ont fini par arriver. Tous les nez témoignent de leur présence moche et des visages à moitié. Bientôt chacun sa seringue de vaccin !

Qui vivra verra que ça viendra.

Ça va venir. La politique est devenue l’art de faire patienter. D’enfumer et pendant ce temps, certains meurent.

Trop tard disent ceux qui attendaient que ça arrive puisque ça va arriver. Ils sont morts ! Trop de monde dans la salle d’attente car le monde est une salle d’attente !

Exigeons le présent ! Vivons maintenant !

Gilles CERVERA

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