La République est un truc étrange, une réunion symbolique, un fourbi d’abstraction. Elle se fragmente, se casse ou fissure mais, au moment où elle est attaquée, soudain, le refoulé revient.

Certains l’appellent la République.

D’autres la Nation. Ou certains même … la patrie.

Bon, on le sait que tous ces mots ne recouvrent pas les mêmes soubassements, juridiques, idéologiques, constitutionnels ou sentimentaux.

N’empêche.
Lorsque quelqu’un coupe avec son couteau la tête de Marianne, aussi éculé soit le symbole, autant rétro la quincaillerie, alors.

Alors, que se passe-t-il ?

Alors, au fond de chacun se révèle la cocarde d’un bon vieux bonnet phrygien ! Sur la tête de tous, ou presque tous ! Sous la capuche, sur le voile ou la kippa, le crâne chauve ou les dreadlocks, oui, oui, le bonnet phrygien ! Renaît le phénix de Valmy et Vallès, du Chant des cerises et de la Louise Michel au fond des tripes. Se relance à nouveau l’envie de contrer l’imbécile, de dénoncer le sans visage, le fourbe, le religieux, le fanatique, le cinglé, l’inacceptable, le meurtrier, le coupeur de tête.

La République est indécapitable même si les républicains le sont. La vieille nation vit encore, au-delà des rancœurs, des rancunes, des envies d’en découdre. Le fameux et fumeux séparatisme macronien nous fait moins ironiser. C’est que nous avons collectivement raté un truc en nous foutant des urnes, en méprisant les représentations alors qu’elles seraient encore le point de soudure, le trait d’union, le commun. À condition et à la seule de rendre électeurs tous les parias des cités, de faire revenir à du sens ceux que le mépris a relégués.

Nous leur avons demandé d’apprendre l’histoire des Gaulois, de savoir lire et nous ne leur avons même pas accordé le droit, il y a de cela deux ou trois générations, de voter. Piètre leçon de citoyenneté !

Nous en sommes toujours là. Las d’être là.

Ok, tous citoyens. Mais alors tous !

Qu’il n’y ait plus besoin de serpette ou de kalach pour s’affirmer ou gagner sa croûte. L’affaire, on le sait, est mal engagée.

Au moins : cessons de scissionner ou de sécessionner. Un prof mort est une république amputée. Un prof tué est une République qui doit garder toute sa tête et penser avec ses soixante-six millions de citoyens comment la cité se fabrique, unit ou sépare, comment le travail se trouve. Sinon, les machettes parleront.

La machette parle quand la République ne tranche pas.

Les Bretons sont, malgré les rancœurs dites avant, de cette famille française, européenne, mondiale qui, entre Commune et mondialisation a souvent discuté, disputé, perdu, gagné. Depuis cent vingt ans, au prix du sabot au cou des hontes et à coup de pied au derrière, la Bretagne a marché avec la République. La Bretagne, comme le nez au milieu de la République.

Tenons tête ! Avec ceux qui croient en Allah, Yahvé, Vishnu et avec ceux qui n’y croient pas. Citoyens bretons des quatre ou des cinq départements, restons répu et capités !

Gilles CERVERA

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