D’abord se permettre un minuscule coming-out covidesque. Oui mon épouse et moi avons eu deux jours 38, elle 39 trois jours.
Courbatures bizarres outre agueusie et anosmie de quinze jours. Mots moches pour dire que crème caramel au beurre salé ou chou-fleur ne se différenciaient que par la résistance sous la dent, le sablé restant sympa mais neutre sauf la poussière agréable qui remplit la bouche. Désavantage de la maladie : la diarrhée. Avantage, aucune odeur !
Bref. Je ne m’étends pas plus car donner des nouvelles de ma santé, et ma santé même, m’importent en général peu, tant que ça va ça va, et surtout à ne pas étaler ni narrer !
Passons. Ce sur quoi je veux insister est un peu comme qui dirait à contre-courant de la doxa. Oui au confinement puisqu’aucune autre solution. Oui bon, confinons pas con mais confinons finauds.
Je voudrais un tout petit peu m’avancer et coupdegueuler. Contre cette sorte de paranoïa fascisante qui commence à me gonfler. Paranoïa certes prophylactique mais qui fait se méfier de l’autre comme de la peste, de craindre de son prochain le choléra et de faire des grands détours de peur d’agripper le virus, lequel devient pire que le loup dans les histoires d’il était une fois qu’on raconte aux enfants pour les endormir. Nous endormirait-on ? On, c’est tout le monde sauf moi !!
Confinons donc.
Un : je suis guéri (pour l’instant ! Mais il est toujours programmé que je meure un jour !)
Deux : je suis guéri comme quatre-vingt-quinze pour cent des habitants de la planète le seront, ou le sont déjà. Et je voudrais juste ajouter que ce n’est pas trop nous qui mourrons ni sommes déjà morts, c’est comme d’habitude les pauvres.
Les pauvres, les Noirs américains, bientôt les Africains des bidonvilles-monde, les migrants chez nous, nos personnes incarcérées, les SDF, les gens des foyers ex Sonacotra, ceux de la promiscuité inévitable, les populations obèses parce que mal nourries et mal soignées, ou les personnes très âgées. Bref, Patrick Devedjian est mort et quelques-uns qui nous ressemblent mais, en général, et c’est injuste comme d’hab, ce ne sont pas ceux qui font la queue à deux mètres devant la Coop-Bio. Je l’écris juste pour nous rassurer. Juste pour nous culpabiliser, un peu, et calmer notre excitation morbide avec son petit cortège à bas bruit de lettres anonymes viles et de dénonciations sordides.
Alors, contre cette intox mortifère, ce barnum médiatico-médical saturé et cette pâmoison médicamenteuse autant médicale que menteuse, je voudrais tenter de raison garder, m’inquiétant plus pour ma mère –pardon du second coming-out, qui ne va pas mourir du covid dans sa maison de retraite formidable et au taquet depuis un mois.
Depuis un mois elle ne m’a pas vu, et pour cause ! Durant ce mois, elle se met à perdre les pédales, crève d’angoisse et de solitude – surtout le soir, risque de mourir d’abandonnisme et de s’éteindre en ne sachant plus ni l’heure, ni le jour, ni qu’elle m’a appelé il y a cinq minutes pour vérifier qu’elle existe encore, et moi aussi ! Mon épouse craint moins pour elle, c’est son mot, du covid que du vide.
Chacun voit midi à sa porte ! Et covid à toute heure !
Meilleure santé (psychique) à tous ! Je le dis plutôt que le désormais très énervant prenezsoindevous avatar d’un égotiste prenez-soin-de-moi!
Gilles CERVERA







