Ce n'est pas une inaction ordinaire à laquelle nous sommes enjoints. Ce n'est pas l'inactivité d'un week-end, d'ailleurs bien souvent pas si inactif que ça, ou de vacances où même le programme serait de se reposer, trouvant alors sens par rapport au trop d'activité habituelle. Là non !

Vous ne devez voir personne, ou le moins de monde possible et ne pas vous déplacer. Et on constate à cette occasion combien notre vie s’organise en lien avec les autres. Dans le cercle familial, celui des amis et relations, et celui du travail. Alors que là, pour beaucoup, c’est même une épreuve de la solitude. Même si avec les réseaux sociaux et autres communautés virtuelles, que nous allons de ce fait encore plus utiliser, nous entretenions des relations, partagées entre réel et virtuel, avec les autres. Il y avait toujours de l’autre encore à porté de main, qu’on pouvait, au-delà de cet échange virtuel, aller voir. Les échanges par réseaux sociaux interposés n’étant en sorte qu’une attente, qu’un moment différé de la rencontre. Alors qu’aujourd’hui les réseaux ne vont être qu’un substitut total à cette rencontre, qu’un temps d’attente à durée indéterminée avant ces retrouvailles qui ne sont dans l’immédiat plus possibles.

Dans l’obligation de rester chez nous, ‌à se retrouver seul, loin du tumulte et de l’entrainement collectif… A attendre. A ne rien faire, ou sinon du télé-travail, réel et virtuel! Certains seront peut-être un peu contents, et en même temps inquiets pour leurs affaires qui, pour chacun d’entre nous, de ce ce fait, ne vont pas s’arranger. Ce trou, ce suspend, va entrainer beaucoup de difficultés pour tout le monde, et pas sûr que la solidarité, celle de l’Etat et celle des autres, y pallie! Mais ayons espoir toutefois!

Et puis cette pseudo oisiveté contrainte, est aussi en un sens une action. Ou du moins un acte : nous devons nous confiner pour ne pas contaminer les autres, et pour que les autres ne nous contaminent pas. Nous délier pour arrêter la chaine de transmission.

Et dans ce sens les mesures ne devraient elles pas devenir plus radicales encore ?! Presque tout le monde devrait s’arrêter de travailler. Dans les domaines qui ne sont pas absolument indispensables. Les chantiers devraient être à l’arrêt. Ne devrait fonctionner que ce qui est utile à notre subsistance. Parce qu’autrement chacun de son côté, dans un arrangement personnel pourrait considérer qu’il peut continuer à braver le danger ! et maintenant, l’interdit ! Certains, sans doute pris par ce qu’ils considèrent être une absolue nécessité, ne voudraient pas cesser leurs activités habituelles. Ne voulant pas perdre de leurs biens, de leurs avantages, de leur pouvoir d’achat en faisant abstraction de leur véritable responsabilité. Ceux, prisonniers d’habitudes et d’un fonctionnement qui les conditionnent, ne souhaitant que maintenir le «business as usual », sans penser…
Là, quoiqu’il arrive, contraints, nous devrons changer notre rapport au monde. Cela va nous conduire à entrevoir avec davantage de lucidité (on va avoir du temps pour réfléchir) que l’humanité est fragile et qu’un petit virus invisible, sournois et insidieux, peut la mettre en danger. Alors, ensuite, nous prendrons tous véritablement conscience, même les plus récalcitrants, que notre monde peut se déstabiliser au point même de tout remettre en cause? Et que par ailleurs nous l’entrainons dans un tel déséquilibre que nous contribuons aussi chacun à le faire aller à sa perte ? Tout le monde, ou presque, en a conscience, mais jusqu’à présent peu de gens agissaient véritablement pour transformer les choses, ne changeant rien de leur vie, sinon à la marge. Alors que là, reclus, dans l’attente, nous sommes poussés à tout reconsidérer !? Et entrainés déjà, malgré nous, dans la décroissance effective, à se questionner sur le monde tel qu’il va.

Voilà peut-être la seule évolution positive qui adviendra après cette « guerre » !

Michel OGIER

0 Commentaires

Laisser un commentaire

Articles similaires

Autres articles de la catégorie Edito