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Matmatah : « On ne se sentait pas de taille à représenter toute la Bretagne »

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Matmatah revient en force. Après avoir joué devant un Olympia complet à Paris, les brestois ont sorti un nouvel album le 3 mars dernier.  L’année 2017 et son florilège de festival s’annonce bien. Vingt ans après leurs premiers soubresauts, il était intéressant de les questionner sur leur bretonnitude. Car s’ils se défendent de représenter la Bretagne, c’est bien « Les moutons » » et « Lambé an dro » qui les a propulsé sur le devant de la scène.  Paradoxe ? Oxymore ? Tristan, Eric et leur nouveau compère, le marseillais Manu à la guitare lead ont répondu à nos questions. 

Troisième titre de votre album, on retrouve quelques accents celtiques, on sait d’où on vient. Que représente la Bretagne pour Matmatah ? Un attachement, une philosophie, une idée politique ?
Tristan
 (Chant, guitare) : C’est « Mission contrôle » ça dépend. Moi, je suis né là bas, Eric aussi … 
Manu (guitare): On peut le devenir aussi hein ?
Tristan : Comment peut-on être Breton ? C’est la question de Morvan Lebesque… C’est notre point de départ, même si Brest c’est une enclave bretonnante qui n’est pas si bretonnante que ça d’ailleurs. 


C’est une appartenance ? Quand vous êtes à l’autre bout du monde, vous êtes Français, Breton ? 
Tristan
 : On est breton mais… 
Eric (Basse, chant) : Moi j’ai l’impression que plus on va loin, plus on est Brestois. 
Tristan : Après ça peut être une histoire d’étiquette, quand on a commencé on était Brestois, puis Breton, puis Français et quand on a tourné en Belgique on était un groupe de Rock Français. 
Culturellement être Breton c’est une chance, musicalement parlant il y a toute une histoire qui fait parti de notre ADN… Quand on jouait dans des bars à Brest, il y avait des marins du monde entier, ça a toujours été très cosmopolite. Après la Bretagne… Il faut toujours faire attention à ce qu’on dit… On a été porte drapeau de la Bretagne en 1998 et on voyait le truc venir on ne se sentait pas de taille à représenter toute la Bretagne… On a quand même joué à des endroits ou les gens s’attendaient à de la musique traditionnelle. Il y a eu des malentendus. Il y a une partie de notre public breton qui s’ait senti trahi. Je peux comprendre, ils aimaient le côté bretonnant de nos premières chansons, mais on n’a jamais dit qu’on était le porte drapeau de la Bretagne.


On ne peut pas être un groupe breton, né en Bretagne sans pour autant faire du folklore…  Marquis de Sade est un groupe Breton par exemple. 
Tristan
 : Rennais !
Manu : C’est ce que j’allais dire, le rock Rennais n’a jamais été considéré comme du rock breton ou celtique, mais plus on se rapproche de l’ouest, plus on devient des défenseurs de la Bretagne, alors que à Rennes ils ne se posent pas cette question. Pourtant la scène Brestoise et particulièrement  celle qui émerge n’est pas bretonnante. C’est du Rock. 
Eric : Oui on a cherché ça sur notre premier album. On avait pas mal de chansons et on voulait proposer quelque chose d’homogène. Et c’est « Lambé » qui a le mieux marché, on ne s’attendait pas à ce que ce titre ait le même succès partout en France. Donc voilà on n’a jamais dit qu’on reniait nos origines, nos assonances ou notre ADN propre au premier album, sans pour autant en faire un fond de commerce. Ce n’était qu'un premier album. 


Vous êtes donc un groupe Rock né en Bretagne ?
Tristan
 : On est avant tout un groupe breton mais pas de musique bretonne ce qui est d’ailleurs un atout pour le côté capital sympathie que beaucoup d’autres régions n’ont pas. On l’a constaté surtout en Corse d’ailleurs… 
Manu, as-tu eu conscience d’intégrer un groupe avec une dimension bretonne ?
Manu
 : Pour le coup je m’en tape totalement. J’ai des oreilles et je ne pense pas non-plus qu’il y ait un fossé musical. Du moins ce n’était pas dans le cahier des charges. On ne m’a pas dit « fait ci, fait ça ». Si des choses m’inspirent qui vont dans le sens breton, c’est très bien et si ce n’est pas le cas tant pis. Je ne suis pas posé la question une seule seconde.
Tristan : L’exemple de la troisième chanson (« Petite frappe ») est très bon. Il s’est avéré que la guitare dans ce morceau a été apportée Manu et c’est vrai qu’il y une pâte bretonnante dans ce son là... On n’avait rien demandé !
Manu : Il y a aussi l’interprétation et le timbre de voix qui vont dans ce sens. De toute façon, je ne peux pas me dire : « je vais faire un truc celtisant ». Ça va marcher une fois sur dix. Et sur scène, on va penser : « Oh pas mal cette imitation de musique bretonne, tu ne veux pas un verre de chouchen maintenant ? » Non, je fais de la musique en m’imprégnant de pleins de choses. J’ai eu la chance de passer du temps avec eux, notamment chez le batteur qui habite en banlieue Brestoise… Des notes viennent sûrement de là, de leur façon de parler, etc. Ce n’est pas un voyage musical et touristique mais je respecte totalement leur musique. Moi, quand un groupe qui a ce succès me propose de le rejoindre, je considère ça comme un atout.


Propos recueillis par Hervé Devallan
Chronique de "Plates Coutures" 


publié le 07-03-2017 - mis à jour le 09-03-2017

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