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Gérard Pont : « On est des brestois, des gens durs, un peu braques »

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Le Printemps de Bourges :
http://www.printemps-bourges.com/

Morgane Prod :
http://www.morgane-groupe.fr/

Le patron de Morgane Prod vient de racheter Le Printemps de Bourges. L’occasion pour Bretagne Actuelle de rencontrer Gérard Pont et de lui demander pourquoi il s’installe toujours plus à l’Est. D’autant qu’après les Francofolies de La Rochelle, le Breton se retrouve à la tête de deux grands festivals en France et d’une société de production florissante. Rencontre avec un amoureux de la musique et un fin business man.



Qu’est-ce qui a poussé le Breton Gérard Pont à devenir patron du Printemps de Bourges ?
Gérard Pont - Il faudrait poser la question à Le Duff : pourquoi a-t-il installé la Brioche Doré à New York, à Tokyo ? Les Bretons sont des grands entrepreneurs. Sans me comparer à eux, regardez Bolloré, Pinault, Leclerc, Le Duff justement… Les grands chefs d’entreprise viennent de Bretagne. Ça  doit être dans nos gènes. Et puis, on n’a pas la possibilité d’aller vers l’Ouest, alors on va à l’Est !


Pour répondre à la seconde partie de votre question, pourquoi le Printemps de Bourges, je suis né dans les festivals. J’ai créé le festival Elixir en 1979 parce que je voulais que Leonard Cohen et les Clash viennent chez nous au bout du monde. Les festivals ont été mon berceau, ma culture. Ensuite, j’ai pris un grand bouillon avec Rockscène à Guéhenno en 1985. J’ai dit plus jamais ! Et puis, j’ai fait de la télévision où j’ai rencontré Jean-Louis Foulquier qui m’a dit : « Est-ce que tu veux me remplacer aux Francofolies ? ».


Au final, je suis un patron d’entreprise culturelle. Aujourd’hui, l’avenir de la France n’est pas dans la voiture. L’argent des Chinois où de l’Etat n’y changera rien. Pour la sidérurgie c’est pareil. En revanche, la culture, c’est notre pétrole. Nos dessinateurs font de l’animation à Los Angeles, on est les meilleurs en jeu vidéo, etc. Il faut des entreprises culturelles solides, même si on a toujours du mal à le comprendre en France. Ça ne peut pas être que des associations. Aujourd’hui, Morgane (société de production de Gérard Pont ndlr) compte 146 salariés en CDI. La culture développe de l’emploi et pour ça il faut des sociétés solides.


Enfin, le Printemps de Bourges correspond à ma propre culture : la chanson, les jeunes talents, la création…. Et ce n’est pas une association, c’est une entreprise comme la nôtre. Il n'y a pas 36 endroits où on pouvait se retrouver. Jean-Louis Foulquier a fait ma culture « chanson française », Daniel Colling celle de producteur. Et succéder à Foulquier puis à Colling, c’est un sacré honneur. Et en plus ce sont eux qui sont venus me chercher !


Reprendre Le Printemps de Bourges est aussi une opportunité et un moyen de pérenniser votre activité ?
G. P. – Exactement. On aura plus de force dans les négociations, que ce soit pour les chapiteaux, les partenariats, etc. Ensuite, chaque festival gardera sa propre ligne éditoriale.


Bientôt un autre festival pour mieux négocier ?
G. P. – Non, il faut que ce soient des histoires qui me ressemblent.


Et un festival en Bretagne ?
G. P. – Non plus, car en Bretagne les festivals sont portés par des associations fortes et souvent militantes. Comme les Vieilles Charrues. Et c’est très bien comme ça. Le Printemps de Bourges est une entreprise. Comme les Francofolies, on pouvait la racheter. En Bretagne, ce n’est pas possible.


Pour reprendre Le Printemps de Bourges, vous vous êtes associés au Télégramme de Brest. Cela fait beaucoup de Bretons, non ?
G. P. – Dans notre activité audiovisuelle, on capte des courses de voile (Jacques Vabre, Route du Rhum…) et ces courses étaient produites par Pen Duick, une filiale du Télégramme. Avec Le Télégramme tout a été simple. Il ya quelque chose de finistérien dans nos relations. Nous  sommes des Brestois, des gens durs, un peu braques, globalement travailleurs et honnêtes. C’est un peu caricatural, mais on a des racines communes. On a plus de difficulté à s’entendre avec des Marseillais.
Au départ on est allé voir Ouest France, mais le processus était long et compliqué. Avec Le Télégramme tout a été rapide. Ils voulaient se développer, se diversifier. Et ils n’avaient aucune envie de se mêler de la programmation. Ils sont actionnaires minoritaires. En termes de trésorerie, c’était très bien.


Qu’allez-vous faire du Printemps de Bourges ?
G. P. – Tout d’abord, le Printemps de Bourges va bien. Ensuite on va nommer un directeur et il aura pour mission de réaliser sa vision. De mon côté, je collais des affiches pour le Printemps de Bourges en 1977 à Brest. Ça fait 10 ans qu’on le couvre pour France 4. Ce n’est donc pas une affaire opportuniste. Mais c’est vrai que je le vois maintenant différemment.


Vous avez quand même un objectif financier ?
G. P. – Un festival ne gagne pas beaucoup d’argent. Pour les Francofolies, on a une convention avec l’État, la Région, le Département et la ville qui nous interdit de nous verser des dividendes. Ce n’est pas ça qui est intéressant. En revanche, quand je dis que je suis patron de Morgane, il ne se passe rien. Quand je dis que je suis patron des Francofolies, il y a un sourire, une admiration, un respect. Ce qui est formidable, mais profondément injuste, car il a été beaucoup plus difficile de créer Morgane que de reprendre les Francofolies. C’est cette synergie d’ensemble qui m’a permis de créer Morgan Events. On vend des événements aux entreprises, car elles sont persuadées que je connais David Guetta et Johnny Hallyday. Il est vrai que j’ai des relations privilégiées avec les artistes. Ensuite, c’est plus facile pour mes émissions de TV, etc. Je suis né avec Elixir, les coulisses, les artistes, c’est ma vie. Pour un Festival, l’important c’est de ne pas perdre d’argent.


Il existe un lobby breton ?
G. P. – Il existe probablement, mais je n’en fais pas parti. En revanche, il y a des choses intuitives. Quand on regarde Morgan, il ya beaucoup de Bretons, alors que je n’y suis pour rien. Etre breton n’est pas un critère à l’embauche et heureusement. Après le hasard fait que par exemple, la N°2 du Printemps de Bourges et une Brestoise ! Bon, je suis Breton et je le revendique haut et fort, mais je ne suis pas un homme de réseau. 


Propos recueillis par Hervé Devallan


publié le 09-05-2014 - mis à jour le 14-05-2014

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