Tom à la ferme HermineHermineHermineHermine

Avec son quatrième film, le tout jeune québécois Xavier Dolan affirme encore un peu son talent dérangeant et règle ses comptes à l’homophobie ordinaire.


Tom à la ferme

Non, la famille n’est pas ce creuset confortable où chacun pousse dans le respect de son individualité, dans l’épanouissement de sa personnalité, dans la tolérance de sa marginalité. Pas chez Xavier Dolan, ce réalisateur québécois surdoué qui, à 25 ans, a déjà signé quatre films majeurs, quatre brûlots qui détruisent à la hache les idées reçues.

« Tom à la ferme », son dernier film, adapté d’une pièce de théâtre de Michel Marc Bouchard, s’inscrit dans cette lignée, même si Xavier Dolan s’en défend gentiment. Lui voit une rupture entre sa trilogie originelle – « J’ai tué ma mère », « Les amours imaginaires » et « Laurence Anyways » qui parlaient, selon lui, tous d’amour impossible-. C’est vrai. Mais l’intime, donc l’univers clos de la cellule familiale, aussi petite soit-elle – est toujours le réceptacle anxiogène de ces passions douloureuses.

Cette fois-ci, Tom déboule dans une famille qui n’est pas la sienne. Jeune publicitaire de Montréal, branché, urbain, il débarque comme un cheveu décoloré sur la soupe dans une ferme éloignée de tout. Il y vient pour les funérailles de son amoureux et comprend très vite, que sans être malvenu, il n’y a pas sa place. Personne ne le connaît, personne n’a jamais entendu parlé de lui, personne ne veut surtout savoir qui il est, ni ce qu’il représentait pour le défunt.

Et pourtant, il reste. A moitié sous le charme d’une famille apparemment soudée, à moitié fasciné par les travaux de la ferme qui semblent lui redonner une virilité timide, à moitié sous la coupe de Francis, le frère aîné du mort qui, on le saura plus tard, est cantonné à son rôle de fils de la ferme sans aucune échappatoire possible.

Dans ce huis-clos pesant, rendu encore plus étouffant par les quelques lignes de fuites qui s’offrent à Tom et qu’il ne saisit jamais, Xavier Dolan signe un réquisitoire efficace et puissant contre les secrets de famille, contre le mensonge, contre les apparences, contre l’homophobie, contre l’intolérance… et bien sûr sur les échappatoires impossibles à part évidemment une fuite radicale, franche, totale. Une rupture sans sommation.

La réalisation qui joue sur un étouffement progressif reprend avec intelligence les codes du thriller, misant autant sur la terreur psychologique que sur la violence physique , le tout étant emporté par une mise en musique éblouissante. Ce qui n’a rien d’étonnant tant c’est une des marques de fabrique du talent de Xavier Dolan. Sauf que cette fois-ci, c’est Gabriel Yared qui officie. Brillant. 

Véronique Le Bris
Cine-woman  

Site du distributeur

Un film de Xavier Dolan, réalisé par Xavier Dolan – Canada/France – En salle le 16 avril – Avec Xavier Dolan, Pierre-Yves Cardinal, Elise Roy, Evelyne Brochu…

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