Il a 94 ans, mais toujours bon pied bon œil, Clint Eastwood poursuit sa saga cinématographique. Avec Juré n°2, il aborde la question de la justice dans un film frappé du sceau de sobriété et d’une forme classicisme dans sa mise en scène. Ce thriller psychologique a surtout le mérite de remettre intelligemment les pendules à l’heure sur la question de la culpabilité.
Tout le désigne pour être l’assassin de sa femme : une dispute dans le couple, des coups échangés au bar d’un bistrot, la fuite de la femme en pleine nuit sous des pluies torrentielles. Quand l’affaire est jugée, le jury de la cour d’assises ne se pose pas beaucoup questions : l’homme est forcément coupable, il a sûrement poursuivi et tué sa femme dont le corps a été retrouvé en contrebas d’un pont. Sauf que nous, les spectateurs, nous sommes assez vite informés que ce ne n’est peut-être pas lui l’assassin. Et nous ne sommes pas les seuls. Un des membres du jury, le juré n°2, réalise soudainement qu’il est associé indirectement à cette disparition tragique…
Avec un tel scénario, Clint Esatwood a réalisé un film aux allures hitchkokiennes magistralement interprété par les trois principaux protagonistes : le juré Justin Kemp (l’acteur Nicolas Hoult), l’assassin présumé James Michael Scythe (Gabriel Basso) et la procureure Killebrew (Toni Collette). Celle-ci accablera l’accusé avant de se rendre compte qu’il faut chercher sans doute la vérité ailleurs. C’est ainsi que l’étau va se resserrer petit à petit autour du juré n°2 dont on saisira, grâce au talent de l’acteur, la panique progressive qui l’envahit. Avec une question morale de fond : doit-il, ou non, avouer qu’il a directement quelque chose à voir avec cette affaire ?
Une tonique réflexion sur la culpabilité et l’innocence
Le mérite du réalisateur est de proposer ici une tonique réflexion sur la culpabilité et l’innocence, de creuser le thème du dilemme moral. Justin Kemp est en effet un jeune futur papa qui entend bien que sa vie de famille ne soit pas impactée par cette affaire, avec le risque de faire condamner un innocent à la prison à vie. Tout cela avec en toile de fond le fonctionnement de la justice américaine (l’action se déroule dans l’Etat de Géorgie). Mais on notera ici l’habileté de Clint Eastwood dans sa façon d’aborder la question très actuelle du féminicide (le mot n’apparaît pas dans le film) en faisant valoir que la recherche de la vérité doit prévaloir sur tous les préjugés et le besoin de justice à tout prix.
Les cinéphiles se réjouiront, pour une autre raison, d’assister à ce film. On y retrouve en effet les thèmes abordés dans un grand classique du cinéma américain : Douze hommes en colère, le film de Sydney Lumet sorti en 1957 (avec un remake de William Friedkin en 1997). Dans ce film, c’est le juré n°8 qui s’interroge sur la responsabilité d’un jeune homme de 18 ans dans la mort de son père. Ce juré, interprété par Henry Fonda, est d’abord seul contre tous avant d’arriver à convaincre les autres membres du jury de l’innocence du jeune homme. En sortant son film Juré n°2, Clint Eastwood s’inscrit plus que jamais dans la grande tradition du cinéma classique américain. Loin des modes et des tics actuels. Son film a donc été snobé aux Etats-Unis.
Pierre TANGUY.
Juré n°2, film (drame, thriller) de Clint Eastwood, avec Nicholas Hoult, J.K. Simmons, Kiefer Sutherland – 1h53, VO ou version française.












