Le retour des hirondelles HermineHermineHermineHermineHermine

C’est l’histoire d’un mariage arrangé entre deux êtres méprisés par leurs familles respectives. Nous sommes dans la Chine profonde. Tel est le résumé du synopsis d’un film réalisé par le Chinois Li Ruijun (né en 1983) sous le titre Le retour des hirondelles. Son film a déplu aux autorités de Pékin. Il a été censuré, jugé trop critique sur le sort réservé aux petits paysans contraints à quitter leurs terres pour aller loger, en ville, dans des appartements anonymes.

Ce film aurait pu n’être qu’un film militant pour la défense des gens injustement chassés de leurs terres. En réalité, il est bien autre chose. La vraie dissidence qu’il porte, c’est son regard critique qu’il porte sur un monde gagné par l’appât du gain et la vitesse. Place, ici, à la lenteur, à la contemplation. Et plus encore à l’innocence, celle que portent les deux protagonistes de ce film. Ne faut-il pas, en effet, être bien innocent pour se soucier d’un nid d’hirondelles installé dans leur maison qui va être démolie.

Deux « innocents », donc. Lui le petit paysan vissé à cette terre qu’il vénère. Elle, femme claudicante et incontinente (les séquelles de violences subies dans l’enfance). Sans oublier leur âne de trait et de bât que l’on dirait sorti d’un film de Robert Bresson, mais un Balthazar à l’envers, caressé et cajolé par ses maîtres. Ce trio fait un peu la risée de tous. Il ne fait pas le poids face aux Léviathan qui rôdent, comme ceux décrits par le cinéaste russe Andreï Zviaguintsev dans le film éponyme.

L’homme et la femme, avec leurs menus moyens, font fructifier leurs terres (maïs, blé…) mais plus encore leurs relations amoureuses faites d’attention et de bienveillance réciproques. Le film nous fait découvrir un couple confronté à des vents contraires, comme celui de L’île nue du japonais Kaneto Shindo (1960). Même instinct de survie, même respect de la terre et de l’eau. Mais dans Le retour des hirondelles, ce sont les méchants qui gagnent.

« La vocation de l’art cinématographique, c’est de devenir un moule de l’âme humaine, de pouvoir reproduire une expérience humaine dans ce qu’elle a d’unique », écrivait le cinéaste russe Andreï Tarkovski dans son livre Le temps scellé (éditions Philippe Rey). On pourrait ajouter : dans ce qu’elle a d’universel, comme le montre ce merveilleux film, bien construit, de Li Ruijun. Un cinéaste dans la lignée des plus grands : Bresson, Tarkovski, Bergman, Dreyer, Ozu…

Pierre TANGUY

Le retour des hirondelles réalisé par Li Ruijun avec Wu Renlin et Hai-Qing – Durée : 2h13
En salle le 8 février 2023

https://www.youtube.com/watch?v=OGyfMWNI4J0

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