Il s’appelait Hokusai et c’est l’un des grands maîtres de la peinture japonaise. Son fameux tableau « La grande vague de Kanagawa » est unanimement connue dans le monde entier. Un film (biopic), signé Hashime Majimoto, est aujourd’hui consacré à cet artiste hors-normes qui avait pris le parti de casser les codes de la production de son époque.

Décidément les peintres inspirent les cinéastes. Lors de l’hiver dernier, on avait pu assister dans les salles au film de Michele Placido consacré à l’italien Le Caravage (1571-1710), un peintre en rébellion qui n’hésitait pas à utiliser des prostituées, des voleurs ou des vagabonds comme modèles pour ses tableaux (y compris religieux). Il fut pourchassé par l’Eglise catholique et romaine et mourut tragiquement.

Hokusai (1760-1849) est un artiste de cette trempe-là. Peintre, dessinateur, graveur, illustrateur de livres, originaire d’un milieu modeste, il vivait à une époque troublée de l’histoire du Japon (l’empire d’Edo) marquée par des violences, la censure et la persécution des artistes qui ne rentraient pas « dans les clous ». Le film débute d’ailleurs par la mise à sac d’une librairie hébergeant des œuvres jugées non-conformes. C’est dans ce monde-là que Hokusai se forge une identité en « se laissant guider par sa seule envie ». Dans son entourage – et le film l’évoque bien – on reconnaissait volontiers son talent mais on le savait « ingérable » (il fut d’ailleurs exclu de son école de formation). « Il ne peint que ce qu’il veut », disait-on. Et Hokusai répondait : « J’ai simplement peint ce que je ressentais ».

Le film nous montre son appétit pour la nature et le monde réel. Quittant les lieux clos ou les chambres de Geisha, il part se frotter à la vie réelle. Le film nous le montre, symboliquement, se laissant transporter par les vagues lors d’une descente sur une plage dominée par le mont Fuji. De là naîtront ses « Trente six vues » du célèbre Mont (réalisées entre 1830 et 1833), dont la fameuse Vague de Kanagawa. Hokusai est septuagénaire à l’époque et affirmait volontiers n’avoir rien fait de bon avant ses 60 ans.

La longue marche d’un artiste

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Pour témoigner de cette démarche artistique, le réalisateur a lui-même pris le parti d’une forme d’esthétisme. Le film Hokusai, en effet, est exigeant. Il requiert une attention soutenue de la part du spectateur en nous montrant la longue marche d’un artiste vers le dépouillement, penché sur sa grande feuille posée à même le plancher. De très gros plans nous font suivre le pinceau sur le papier ou le ciseau dans le bois. Plusieurs séquences du film sont, elles-mêmes, composées comme des tableaux. Place donc, ici, à la lenteur et à la contemplation, au cœur d’une culture japonaise dont nous n’appréhendons pas tous les codes.

On sait que Hokusai aura une forme de postérité en Occident à travers le japonisme, école de peinture de la seconde moitié du 19è siècle inspirée par les artistes japonais. Le français Henri Rivière (1864-1951) en sera un des meilleurs représentants. Il viendra d’ailleurs peindre en Bretagne, « ce pays si japonais », écrivait-il dans une lettre à un ami japonais. Mais on notera aussi que d’autres grands artistes, et non des moindres comme Gauguin ou Sérusier, seront aussi influencés par le Japon. Raison de plus pour aller au cinéma voir le film Hokusai.

Pierre TANGUY.

Hokusai, film japonais de Hashime Majimoto, V.O., durée 1 h 30, en salle depuis le 26 avril. 

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