Le film iranien « L’odeur du vent » HermineHermineHermine

Le vent souffle dans le film de l’Iranien Hadi Mohaghegh (né en 1979). Il souffle sur des terres montagneuses, déshéritées, du pays des mollahs. Loin de l’agitation urbaine, des hommes et des femmes vivent chichement, entourés de chèvres. Parmi eux, un électricien qui vient réparer une panne de transformateur près de la maison d’un homme aux pieds bots vivant au chevet de son fils alité. Un sujet qui peut paraître bien mince mais le cinéaste en fait une œuvre qui ne manque pas de souffle.

En allant voir ce film, surtout accepter la lenteur et des plans fixes qui peuvent durer plusieurs minutes. Savoir se mettre à l’écoute des bruits les plus imperceptibles (comme entendre une mouche voler, une abeille bourdonner). Redécouvrir les gestes élémentaires du quotidien (laver, réparer, repriser, cueillir…). On est ici dans une forme d’écriture cinématographique minimaliste, mais tellement riche de sens. « Ce que j’entends par lenteur d’un film, c’est que je pense que celle-ci doit être au service de la vie et de son rythme », souligne Hadi Mohaghegh. Un passage de rivière à gué, la réparation d’un transformateur, le dépannage d’une voiture : tout cela se verra, à l’écran, quasiment en temps réel.

Voilà pour la forme. Elle peut dérouter. « Mais c’est le fond qui fait que la forme émerge », affirme le réalisateur dont la parenté avec le grand cinéaste et poète iranien Abbas Kiarostami (Palme d’or à Cannes en 1997 pour Le goût de la cerise) saute véritablement aux yeux. Et d’ailleurs Hadi Mohaghegh revendique volontiers cette parenté dans une même approche du réel, pétrie d’humanisme, et donnant toute son importance à la nature. Comme le dit encore Hadi Mohaghegh, « je préfère faire des films moins sur les adversités que sur les aspects positifs de la vie ». Ce que révèle en effet, profondément, L’odeur du vent, film lent mais néanmoins riche en rebondissements.

Une oeuvre saluée à Nantes

Le héros de son film (dont le cinéaste interprète lui-même le rôle) est un électricien au grand cœur, un bon samaritain des mondes abandonnés. On le découvre, au cours de ses pérégrinations, venir aussi bien au  secours d’un homme handicapé en panne de courant que d’un aveugle qui veut rendre visite à son amoureuse. Il est toujours capable d’aller au-delà de ce que son métier exige de lui, dans un pays où rien ne tourne vraiment rond et où les impondérables sont le lot du quotidien. Critique en creux d’un Iran qui va à vau-l’eau et ignore le profond état de précarité de ses « périphéries ».

Le film porte le titre iranien de Derb, ce qui signifie Sol dur. Dans ce film, en effet, le gagne-pain du père handicapé, c’est d’aller gratter dans le sol de la montagne pour recueillir une substance médicinale. Mais le mot Derb est un terme de la langue Lori de cette partie de l’Iran. Le cinéaste dit avoir voulu ainsi « mettre l’accent sur la préservation de son authenticité, de la culture, de la langue de cette région ». On notera, enfin, que son  film avait été salué en 2022, à Nantes, par une Montgolfière d’or à l’occasion du Festival des trois continents. Le jury avait tenu à récompenser « la tendresse et la grandeur de cette fable philosophique qui parvient à incarner en toute liberté l’obstination de son personnage dans le territoire somptueux et périlleux de la montagne iranienne ».

Pierre TANGUY.

L’odeur du vent de Hadi Mohaghegh, Iran, VO, durée 1 h 30, en salle depuis le 24 mai.
FIlm primé à Naoned au festival des 3 Continents.

 

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