Au début des années 2000, Navarro et Julie Lescaut sont la référence des séries policières françaises. Un réalisme pépère davantage proche de Maigret que d’Esprit Criminel. Au fil des saisons la dynamique se ralenti. On s’ennuie. Jusqu’à ce qu’arrive Engrenages en 2005. Le public adhère immédiatement.

L’intrigue mise en place lors de la première saison est digne des plus grands maîtres du polar. Un cadavre, celui d’une jeune fille, retrouvé dans une benne à ordures à proximité d’entrepôts abandonnés. Son corps dénudé a été livré aux chiens errants et son visage abîmé n’est plus reconnaissable. L’autopsie révèle qu’il s’agit d’une Roumaine. Un homme d’affaire proche des milieux politiques va être impliqué dans cette enquête agrémentée d’argent sale, de sexe malsain et de corruption. L’intrigue impressionne. Charpentée comme une plaidoirie d’assise qui vous tient en haleine tout au long des huit épisodes.

L’ADN d’Engrenages est de résoudre les énigmes à travers l’intimité de personnages récurrents. Cette nouvelle saison, la 7ème, nos héros sont confrontés aux nombreuses interfaces de la pègre qui relient entre elles plusieurs banditismes : trafiquants de drogue, banquiers, politiques, conseillers fiscaux, hommes de loi, étudiants… tous soucieux d’une même valeur reine :  l’argent. Le scénario s’inspire de l’actualité. D’abord l’opération « Fièvre Jaune », lorsqu’en 2015 les policiers des services financiers de la PJ parisienne perquisitionnent au Cifa d’Aubervilliers, un centre commercial où sont regroupés plusieurs centaines de grossistes chinois. Les chiens renifleurs découvriront 500.000 euros en petites coupures dissimulés dans les bustes des mannequins d’arrière-boutiques… Ensuite l’affaire « Virus », celle d’un système de blanchiment d’argent mis en place par une fratrie d’origine marocaine qui recyclait les bénéfices de la drogue par l’intermédiaire de fraudeurs fiscaux. Le procès de ce dossier hors-norme eut lieu à Paris en 2018… Également cette histoire de braqueurs en col blanc qui ont (ou aurait – rien n’est clair) détourné 1,6 milliard d’euros de TVA prélevée sur les quotas carbone.

Engrenages exprime l’opinion apolitique

A presque quinze années de distance, Engrenages dénonçait déjà certaines négligences politiques qui aujourd’hui ne sont plus réfutables. Celles relatives à la gestion des banlieues difficiles. Également les difficultés pour la police de faire un travail méritoire et respecté de tous. Sans oublier le corporatisme d’ambition lié à la magistrature préférant agir en fonction de ses ambitions individuelles plutôt que de le faire pour l’intérêt collectif et républicain. Engrenages exprime l’opinion apolitique d’un sentiment illustrant l’irréfutable problématique de la société française contemporaine.

Mais à l’heure numérique, quinze ans c’est un siècle. Pour exister face au flot continu du streaming américain, Canal+ accélère le mouvement, Engrenages proposera désormais une nouvelle saison chaque année. Le danger est double. Baisse qualitative des scénarii et saturation du public. Gageons que la 7ème saison qui vient de sortir en VOD/DVD/Blu Ray, et la 8ème en 2020 sur Canal+, auront le succès qu’elles méritent. Et espérons pour les suivantes.

Jérôme ENEZ-VRIAD

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