Suite à un meurtre politiquement sensible, deux inspecteurs que tout oppose se voient contraints de faire équipe afin de lutter contre la pègre berlinoise sujette à une redoutable guerre des gangs, véritable immersion au cœur des différentes mafias de la capitale allemande.
Dogs of Berlin s’inspire des deux principales extrêmes qui sévissent aujourd’hui en Allemagne : les mafias étrangères sans pitié, turques pour l’essentiel, et le néonazisme qui s’y oppose parfois avec davantage d’efficience que la police. La trame du scénario, dure et violente, est tenue par d’excellents acteurs, ils incarnent des personnages forts, souvent imbriqués dans plusieurs histoires qui, au fil d’enchainements pluriels construits comme on emboite des poupées russes, donnent à chaque épisode un rythme au plus près d’une étourdissante réalité.
L’action se passe à Berlin-Marzhan, quartier populaire de l’ex-RDA reconnaissable à ses barres d’immeubles lecorbusiennes, au pied desquelles s’exprime une droite radicale proche du néonazisme. Plus à l’Ouest, les mafias turques et libanaises développent leur commerce illicite dans les beaux arrondissements. Un fait divers inattendu sera générateur d’une confrontation entre les deux parties antagonistes. Malgré ces clichés, Dogs of Berlin obtient un vif succès en Allemagne, car tout son intérêt est de lier astucieusement une intrigue de gare – qui ne recule devant aucune surenchère, fut-elle caricaturale, comme ce duo de flics chargé de l’enquête : l’un d’eux ex-néonazi homophobe testant sans cesse les limites de la loi, face à son acolyte d’origine turque, homosexuel à tendance légaliste – la série évolue, donc, autour de cette grossière parodie tout en portant l’intrigue au meilleur d’un remarquable suspens.
Il est toutefois essentiel de connaitre un minimum la société allemande contemporaine pour bien comprendre l’influence (surtout à Berlin) de l’immigration turque sur le pays. C’est d’ailleurs l’un des thèmes essentiel de Dogs of Berlin résumé en deux questions : Qu’est-ce qu’être allemand aujourd’hui ? Et, les (bi)-nationaux d’origine turque, peuvent-ils être considérés comme de véritables Allemands ? Car Berlin, capitale devenue ville-monde au carrefour de l’Est et de l’Ouest européen, est une juxtaposition de communautés où la réalité est parfois complexe. Ainsi, le point de départ de l’intrigue est-il l’assassinat d’un footballeur allemand d’origine turque, pilier de l’équipe nationale, la célèbre Mannschaft, à la veille d’un match Allemagne/Turquie. On soupçonne les néonazis… Mais est-ce aussi simple ?
Pour ne froisser aucun habitant ni aucune communauté, l’arrondissement Ouest où l’action se passe : Kreuzberg, a été rebaptisé Kaiserwarte pour l’occasion ; le tournage n’a pas eu lieu sur place, Berlin est une des plus vastes capitales européennes, avec des espaces plus ou moins à l’abandon où il fut possible de recréer des quartiers entiers. Les locaux de la police exceptionnellement installée dans le Bierpinsel sont incontournables ; il s’agit une tour rétro-futuriste de 46 mètres – aujourd’hui abandonnée pour cause de différent juridique entre son propriétaire et les assureurs – elle fut construite en 1976 par les architectes Ralf Schüler et Ursulina Schüler-Witte au milieu du secteur de Stieglitz ; un endroit mythique à Berlin, dont personne ne saurait hélas ! prédire le (rétro)-futur. Dogs of Berlin est l’une des rares occasion d’en découvrir l’intérieur avant qu’elle ne soit peut-être détruite. Dix épisodes de 52 minutes dont on aura du mal à ne pas les enchainer.
Jérôme ENEZ-VRIAD
©Novembre 2020 – J.E.-V. & Bretagne Actuelle
Dogs of Berlin – Une série originale Netflix réalisée par Christian Alvart
10 épisodes de 52 à 60 minutes chacun
Diffusion exclusive sur Netflix
Avec, entre autres, Felix Kramer, Fahri Yardim, Anna et Maria Mühe…












