Avec Keira Knightley, Michael Fassbender, Viggo Mortensen, Vincent Cassel
Nous voici projetés, par les mouvements de caméra du Maître canadien, dans cette Europe centrale du début du vingtième siècle et ce qui frappe dès les premières images, malgré l’entrée en scène pour le moins mouvementée de la belle Keira Knightley, c’est le classicisme formel dans lequel s’inscrit le film. En s’écartant de ses habituelles représentations subjectives ou poétisées du monde, Cronenberg nous ramène au plus près d’un vieux continent bouillonnant d’idées nouvelles et languissant à la fois, entre une Vienne en pleine Sécession et les bucoliques paysages suisses. Il nous fait entendre avec maestria et minutie à quel point l’avenir du monde contemporain s’est joué ici, nous prenant éventuellement à témoin des querelles byzantines qui irriguaient la psychanalyse naissante. Il y a du « ruban blanc » par moment dans cette description d’une société hyper structurée, organisée et codifiée en apparence, mais sur le point d’imploser. Mais là où Haneke cachait, laissait deviner, Cronenberg montre et ose, libérant la parole et parfois les actes en harmonie avec les préceptes des inventeurs de la psychanalyse. Si bien que cette époque là semble soudain bien proche de la nôtre, quand tout peut se dire ou presque, mais rien ne se résout. Quand derrière les avancées des sciences humaines ou des technologiques, le pire s’annonce peut-être. Au passage il égratigne Freud, le ramenant à sa condition d’homme avec certes moins de violence qu’Onfray, mais avec plus de subtilité également. Et en lui rendant hommage finalement, ainsi qu’à tous ces explorateurs de l’âme qui bouleversèrent les fondations du nouveau siècle. Un film haletant, réjouissant et inquiétant à la fois.
Réalisé par David Cronenberg – Grande Bretagne/Allemagne/Canada/Suisse – 2011












