C’est une plongée dans l’atmosphère tempétueuse de Iles Orcades, au nord de l’Ecosse, que nous propose le film « The outrun ». Tempête sous des cieux incertains et tempête sous un crâne. Celui d’une jeune femme alcoolique. Film puissant et saisissant de la réalisatrice allemande Nora Fingscheidt sur une quête de résilience, porté par le talent de l’actrice américano-irlandaise Saoirse Ronan.
Elle était la jeune adolescente du film Lady Bird en 2017, Saoirse Ronan s’appelle cette fois Rona, dans ce film tonique qui fait naviguer le spectateur de Londres aux Orcades. C’est dans la capitale britannique que la jeune femme a sombré. Titulaire d’un Master en biologie, elle cherche sa voie. Mais c’est l’alcool qui la rattrape sans arrêt. Nous la découvrons menant une vie dissolue (jusqu’à briser sa vie de couple), sans jamais toutefois perdre le lien avec des parents restés aux Orcades : père schizophrène et bipolaire (vivant dans une caravane), mère chrétienne évangélique.
Le film, inspiré de l’histoire de la journaliste écossaise Amy Liptrot, nous raconte comment Rona va engager son combat contre ses démons intérieurs. On la voit faire des allers-retours aux Orcades, s’imprégner de l’atmosphère des lieux, tenter de reprendre pied dans son métier de scientifique en menant notamment une enquête sur la « caille roi », un oiseau des Orcades en voie de disparition. Entreprise vaine. Elle rechute.
Un retour aux sources en quelque sorte
Son salut viendra d’abord de gens qui sauront l’accueillir et l’écouter dans ses séjours aux Orcades. Rona rejoindra aussi des « de groupes » de paroles sur l’alcoolisme. Mais sa plus grande planche de salut sera, sans doute, cette immersion dans une nature sauvage qu’elle connaît bien. Retour aux sources en quelque sorte. Parcourant un littoral où déferlent d’impressionnantes vagues, elle s’intéresse progressivement aux algues que la marée laisse sur place. A un autre moment, la voici mettant timidement les pieds dans une eau glacée. Avant le grand saut (c’est le sommet du film) : une baignade revigorante sous le regard de phoques intrigués. On l’aura vu aussi quitter son casque audio où elle s’abrutissait de musiques bruyantes pour se mettre à l’écoute de la rumeur de la mer. Et l’on pense, en la voyant, à ce que disait l’Ecossais Stevenson : « Le dehors guérit ».
De tout ce matériau, la réalisatrice allemande a fait un film convaincant qui ne tombe jamais dans le simplisme, encore moins dans le militantisme écologique. On pourra simplement regretter une utilisation excessive de flash-backs qui rompent un peu la progression dramatique. Autant dire que le scénario aurait pu être resserré et moins haché Il aurait encore gagné en force. Mais laissons-nous saisir par l’impressionnante atmosphère des Orcades. De préférence dans une grande salle de cinéma pour profiter à fond de l’ampleur des paysages.
Pierre TANGUY.
The Outrun, film de Nora Fingscheidt présenté au Festival du film international de Berlin, sortie 2 octobre, durée 1h 59











