Le film turc « Les herbes sèches » HermineHermineHermine

3 h 17 de projection. Un film fleuve tourné dans un pays vaste : l’Anatolie orientale. Le cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan, 65 ans (Palme d’or à Cannes en 2014 pour Winter sleep) réalise, une nouvelle fois, une belle performance. Présenté cette année à Cannes, son film a obtenu le Prix d’interprétation féminine avec Merve Dizdar, un des personnages-clé du scénario. Malgré ses qualités indéniables, notamment au niveau de la photographie (où excelle le cinéaste), ce film a un peu de mal à nous emballer. Sans doute trop bavard et manquant un peu d’unité par le choix assumé de deux récits à l’intérieur du même film.

Il ne faut pas se fier à l’affiche pour se faire une idée du nouveau film de Nuri Bilge Ceylan.

On y voit très peu de colonnades antiques. Ce que l’on voit surtout, ce sont des étendues de neige autour d’une bourgade perdue de l’Anatolie. Les herbes sèches, qui donnent leur titre à ce film sont là pour nous dire que cette contrée isolée ne connaît que deux saisons : l’hiver et l’été. Quand la neige a fondu, on découvre sur le sol une végétation sèche et blanche (comme cuite par le froid).

L’histoire ? C’est celle de Samet, professeur désabusé d’arts plastiques, qui, après quatre années passées sur place, rêve d’être muté à Istanbul. « Je ne compte pas végéter ci », confie-t-il à plusieurs reprises, même s’il sait goûter à la beauté des paysages environnants et aussi de leurs habitants qu’il photographie avec talent dans des scènes de la vie ordinaire. Samet vit en colocation avec Kenan, un autre enseignant du collège. Mais les voilà, tous les deux, accusés de promiscuité (et plus) avec certaines élèves, dont la troublante Sevim à qui Samet offre même des cadeaux. Convoqués au rectorat, ils chercheront à savoir qui les a dénoncés.

Un autre scénario se greffe sur cette histoire qui aurait pu être le seul thème du film. C’est là qu’apparaît une autre figure troublante : celle de Nuray (interprétée par Merve Dizdar), professeur d’anglais et engagée politique (la cause kurde apparaît en filigrane). Sa vie a été bouleversée par un attentat dont elle a été une victime collatérale. Il a fallu lui amputer la jambe droite. Les liens subtils que cette femme va entretenir avec Samet et Kenan constitueront la matrice d’un scénario parallèle au précédent (même si les deux histoires finissent par se rejoindre au bout de deux heures de film)

De cet ensemble très consistant, le cinéaste turc a tiré une belle œuvre cinématographique. Au-delà de la qualité des images et de la mise en scène, il y a une vraie approche de la condition humaine quand il s’agit de parler de ses bassesses et de ses trahisons. Cinéaste moraliste à sa manière, Nuri Bilge Ceylan aime disserter dans ses films sur le pourquoi et le comment de nos existences. Au risque, parfois, de noyer son film dans des dialogues un peu longuets. C’est le regret que l’on peut exprimer. Mais comment, à la toute fin du film, ne pas s’extasier sur cette affirmation de Nuray : « Tout ce qui est beau dans ce monde semble s’accrocher aux toiles qu’on tisse nous-mêmes ».

Pierre TANGUY.

Les Herbes sèches, film de Nuri Bilge Celan, VO, 3 h 17, coproduction Turquie/France/Allemagne. Acteurs principaux : Deniz Celigoglu, Merve Dizdar.

 

 

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