Il existe des films militants qui n’oublient pas la notion de plaisir. « Les algues vertes » est de cette engeance. On en ressort un peu différent, réveillé par une vérité criante, effrayante qui finit même par nous culpabiliser : il faudrait se bouger ! Pour cette cause ou une autre, en tout cas pour la Bretagne.

Mais nous ne sommes pas seul : la petite salle de banlieue parisienne est pleine à craquer. Étrange pour un dimanche après-midi au cœur de l’été. Et réconfortant à la fois.

Ces algues vertes nous invitent à suivre l’enquête – la vraie – d’une journaliste sur le fléau que sont ces algues qui envahissent les plages bretonnes, notamment dans la baie de Sant Brieg. Pour elle et le film, tout démarre par la mort « accidentelle » d’un joggeur. L’affaire est classée… L’enquête journalistique démarre. Une enquête qui va la mener au cœur de l’économie bretonne, celle de l’agro-industrie. Né avec le plan Marshall d’après-guerre, ce système a permis à certains paysans de sortir de la terre battue et à beaucoup d’autres de survivre à coup d’emprunts suicidaires. Le film dénonce cette marche forcée et ses complices objectifs : banques, syndicats, pouvoirs politiques… Et les paysans eux même bien sûr à grand renfort de coopératives. In fine, les déchets (le lisier des cochons entre autres) de cette industrie infiltrent les sols, souillent les nappes phréatiques, s’écoulent dans les rivières pour finir par se jeter en mer et nourrir les fameuses algues qui se décomposent en émettant un gaz mortel pour les hommes et les animaux. Ce que dénonce le film.

Résultat ou conséquence : l’omerta s’installe. Normal, ça fait vivre tout le pays. Et côté médias ? Comme l’affirme la journaliste : « Les locaux savent mais ne peuvent rien dire, les journalistes nationaux ne savent pas mais pourraient le dire ». Bon, à la fin, même la presse nationale sait et ne prend pas la parole : le silence est d’or et les lobbies (les annonceurs) veillent.

Cette histoire prend aux tripes, car elle nous concerne, nous la majorité silencieuse. Du consommateur complice au politique prisonnier de ses votes, la société bretonne n’a toujours pas relevé la tête. L’espoir sursaute, grâce à quelques lanceurs d’alertes téméraires et le courage de certaines parties civiles. L’affaire – la vraie toujours – suit son cours. En appel. Il est temps de le faire savoir.

Dans la salle, la lumière se rallume. Les spectateurs peinent à sortir. Un cri du cœur surgit : « Luttons contre les algues vertes ! » Les applaudissements raisonnent. Un peu comme pour le film « Vaincre ou mourir ». Deux causes, une même ambiance. Et un respect pour l’avenir. Comme si les bretons n’aimaient pas être manipulés.

Hervé DEVALLAN

Les algues vertes, film de Pierre Jolivet avec Pierre Jolivet, Inès Léraud, Céline Sallette, Nina Meurisse, Julie Ferrier…

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