Qu’en est-il de l’insécurité bretonne ? Y aurait-il une spécificité à l’instar du fort taux de suicide, des alcoolisations et autres surconsommations de toxiques ?

À Lorient, à Nantes, à Rennes, à Brest ou à Saint-Brieuc ! À Rostrenen ou au Huelgoat ! À Loudéac et à Redon ! Qu’en est-il de la péninsule : sécure ou insécure ?

Et quid d’un reflux de refuge vers les campagnes ? Plus une longère à vendre ici ni là, montée des prix immobiliers, faut-il s’affoler ?

Vit-on, de facto, ou de fantasma, à Chicago sur Penfeld ? À Detroit sur Vilaine ou en plein Bronx à l’estuaire du Blavet ? Quelles sont nos hantises ? Nos représentations ? Comment continuer de penser en dépit du fourbi des images trashs et des titrailles bazookesques ?

Ne fait-on pas de tous les petits trafics emmerdants la population, des choufs au bas des tours de Villejean ou de Pontanezen une muleta de zinc ou une excitation borgne d’un tribun de foirail ?

Est-ce chic de se faire un film anxiogène à partir d’un mort de trop à Cleunay il y a un an, ou d’une balle perdue plus récente au Bois-du-Château à Lorient ?

Toujours un mort est un mort en trop.

Toujours on se demande ce qui a été raté dans la mobilisation citoyenne et la légitime réclamation de sérénité. Oui, la société de 2022 est sur les nerfs. Certains, du reste, l’instrumentalisent avec jubilation en surlignant le trait, en opposant les uns aux autres, voire, pire du pire, en excluant, en ostracisant, en boucémissarisant.

Disons-le-nous entre nous, notre inquiétude bretonne est bon signe. Signe que notre manière de vivre tempérée reste rythmée par les marées et que cette nostalgie de Gulf-Stream signe autant qu’à Châteauroux, Nîmes ou Valenciennes une vigilance commune et nécessaire. Une vigilance commune, pas un appétit d’ogre ni d’ordre !

L’agressivité est là, elle n’est pas qu’une impression. En voiture, sur les ronds-points, aux passages piétons. Sur les Réseaux sociaux, l’agressivité a ses prairies. L’agressivité est là, fréquente.

Et la violence ? La dizaine d’étudiantes délestées sous la menace de leur téléphone portable ou autre carte bleue sur le campus de Rennes 1 en décembre fait la une locale comme à Pontanezen les caillassages de pompiers en janvier. D’ailleurs, ici une BAC a été montée fissa, et là, la police républicaine a retrouvé via une enquête rapide les fauteurs de troubles. Trois mineurs et un majeur.

De là à craindre de l’autre. De là à ne plus franchir les seuils. De là à ne pas traverser à certaines heures les places. On le sait que la ville n’est pas pensée ni conçue pour la tranquillité des femmes. Les Municipalités ou les Comités de sécurité publique doivent l’interroger comme on a interrogé depuis une décennie les cours de récréation des écoles : oui, le ballon de foot des garçons ne doit pas être hégémonique et repousser sur les bords ceules qui ne veulent pas se prendre une balle (pardon, un ballon) en pleine poire!

L’insécurité est un sujet.

Oui, trois fois oui.

Mais vérifions en y vivant, flânant, en y buvant un coup aux terrasses, en y travaillant que les villes bretonnes restent douces à vivre et attractives ! Notamment, sans doute, grâce à leur dimension dite humaine. Voir les places bondées du week-end ou les rues blindées des jeudis soir estudiantins est un plaidoyer pro domo et in vivo, non ?

N’inquiétons pas plus qu’il ne doit.

Continuons de jouer collectifs sans excès de mauvaise foi.

Nous assistons à une urbanisation bretonne forte. À un besoin de ville, de services, de travail. Nous assistons en Bretagne, cf Jean Ollivro, à des équilibres subtils entre grosses, moyennes et petites villes. On le sait et on le voit que le trafic de shit n’aide pas. Interrogeons la dépénalisation qui pourrait sûrement moins entretenir les économies souterraines.

Des solutions sont sur la table.

Face à ce besoin de ville qui n’empêche pas des déménagements vers les campagnes, pas d’affolement. Le mouvement inverse est plus impressionnant ! C’est rassurant. C’est que la Bretagne reste enviable avec son taux de chômage plutôt bas, ses réseaux associatifs denses et son économie sociale et solidaire hyperactive.

La sécurité publique ressort de tous ces ingrédients et de la bonne volonté citoyenne à ne pas jeter d’huile sur le feu ni donner aux démagogues trop d’arguments rances comme du beurre sans tartine.

Gilles CERVERA

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