« Tant que se dresseront les pierres » de Marina Dédéyan HermineHermineHermine

Le surtitre du roman est à lui seule un engagement révolutionnaire en faveur de la démocratie : « 1942. La Bretagne gronde. Et si l’indépendance devenait possible ? ». Le fait est assez rare pour être souligné : prendre les troubles autonomistes et séparatistes bretons comme toile de fond d’une œuvre de fiction relève d’un véritable défi. Voire d’une pure provocation. Et pourtant. Loin de toute uchronie, ce roman de Marina Dédéyan ne réinvente pas l’Histoire (avec un grand H), mais donne à son histoire d’amour entre une russe – bien française – et un français 100% breton, des saveurs particulières, voire originales.

Si pendant plusieurs jours, la Bretagne s’est rêvée indépendante après la débâcle de juin 1940, 4 ans plus tard, plusieurs centaines de militants ont poussé l’aventure trop loin en s’alliant avec les armées d’Hitler pour concrétiser leurs utopie politique. On suit ainsi la vie de 3 frères : Henri, maquisard dans l’armée de l’ombre de De Gaulle, Goulène et Denez les frères jumeaux qui ont des sympathies pour l’autonomie, voire beaucoup plus pour Denez. Tout bascule quand la guerre éclate bien sûr, mais aussi et surtout quand une très belle russe est embauchée pour garder le patriarche infirme condamné au fauteuil roulant dans son château de Centre Bretagne.

En traversant les années sombres d’une Bretagne dans la tournante entre autonomistes engagés dans la résistance et séparatistes portant – sur l’extrême fin – l’uniforme SS, la fiction rattrape toujours la réalité dans ce nouveau roman de la malouine Marina Dédéyan. Une épopée familiale où l’on croise anonymes et personnalités du PNB (Mordrel, Delaporte, Debeauvais…). C’est tout à la fois original et passionnant. Petit bémol cependant quand certains dialogues suivent d’un peu trop près les livres d’histoire…

Au final, ne boudons pas notre plaisir, car on sent une vraie sensibilité bretonne dans la plume de l’auteur. Au fil des pages, les arguments des uns et des autres font pencher la balance du côté de l’autonomie. Y compris 30 ans plus tard dans un savoureux épilogue où le FLB reprend le flambeau.

Et si aujourd’hui, tout était possible ? De quoi donner des idées à une véritable uchronie cette fois ci !

Hervé Devallan
« Tant que se dresseront les pierres » de Marina Dédéyan aux éditions Plon, 556 pages, 27.90€
Interview de Marina Dédéyan

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