« Du vent dans l’âme » et aussi du vague à l’âme. Olivier Cousin nous livre, sous le ciel tourmenté du pays de Léon, ses doutes et ses inquiétudes. Mais il le fait sans s’appesantir grâce à cet art consommé de la pirouette poétique dont il a le secret.

« J’appartiens à ces hommes qui ne sont rien sans béquilles », confesse le poète breton. Professeur de Lettres à Lesneven, au cœur du Léon, il est l’auteur d’une dizaine de recueils de poésie où il a toujours su manier, avec habileté, des exercices d’introspection. Ses textes écrits à la première personne nous touchent parce qu’ils sont toujours placés sous le signe de la sincérité. Et, plus encore, parce qu’ils peuvent rencontrer nos propres doutes ou nos propres failles. Parlant de lui, Olivier Cousin parle un peu de tout le monde. « J’ai l’intime conviction/d’être le problème autant que la solution/lorsque j’épluche les légumes/pour le couscous du week-end ».

Ce « type de 50 ans », comme il le dit lui-même, nous parle avec justesse de son « impatience », de ses « boulimies de flemme » et même de ses « errances » et de ses « incertitudes ». Pas dupe de sa démarche et toujours prêt à l’autodérision, il a cette saillie : « Il ne coûte pas cher de partager son spleen ». Mais il peut aussi affirmer : « Chaque jour je veille/à ne pas trop décevoir/l’enfant que j’ai été ».

Poète jardinier

On se tromperait en ne voyant dans ce livre qu’une auto-analyse déprimante. S’il se qualifie « jardinier de trois fois rien », Olivier Cousin avoue aimer la compagnie des mulots, du hérisson, du merle, du rouge-gorge et il ne s’effarouche pas à la vue d’une guêpe ou de cloportes. Poète-jardinier, il « ratisse large et sème en rangs serrés/des banalités qui finissent par sonner juste ». Des hommes, il en parle finalement assez peu sinon pour dire que « les plus frappadingues ont pris le pouvoir ».

Pour autant il ne se contente pas de cultiver son jardin intime.  Ses vraies béquilles dans la vie sont ailleurs. Pour donner de l’air à l’âme, il enfourche d’abord son vélo. Le voici dominant le littoral sauvage du Pays pagan au sommet de la Côte du Salut. « Embrassant la baie d’un regard gourmand/Je prends mon bien là ou je le trouve », confie-t-il. Ce bien peut aussi se retrouver dans les promenades en famille sur le sentier côtier ou, tout simplement, dans ces « hortensias embrassant en  calvaire » ou quand il se rend à la chapelle Sainte-Pétronille de Ploudaniel. Il y a aussi, dans ses pérégrinations, « les bras décousus/du chemin creux », cette « rangée d’aubépines qui fraternisent/de longue date avec les fougères » ou encore ce « chemin bordé des ronciers » où il fera sa provision de mûres.

La nature est là, consolatrice. Elle « panse même parfois nos plaies ». Au vent des chemins, l’âme se fortifie. Le poète « au cœur cruciforme » peut alors retrouver son souffle et écrire : « Nous demeurons des invités/pour quelques instants/de modeste éternité/sur ces chemins/dans ces forêts/prés de ces ruisseaux/sur ces estrans ».

Pierre TANGUY.

Du vent dans l’âme, Olivier Cousin, Stéphane Batigne éditeur, 2026, 113 pages, 12,50 euros.

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