Après Johnny Cash, Ray Charles, Jim Morrison, Tina Turner, Brian Wilson, Freddie Mercury, voici le biopic d’une nouvelle pop-star, et pas des moindres : Elton John. Rocketman retrace la vie de Reginald Dwight depuis ses années d’enfance jusqu’à son avènement musical planétaire.

Dexter Fletcher, déjà coréalisateur du film Bohemian Rhapsody consacré à Freddie Mercury, tente d’expliquer dans Rocketman comment un petit garçon, pianiste prodige, rondouillard, timide et complexé, se transforme en une superstar mondiale. Reginald Dwight, fils d’un militaire égoïste, son père ne voulait pas d’enfant, et d’une mère volage qui l’aurait préféré hétéro, finira par se consoler en devenant Elton John. Le succès, l’argent et la gloire seront gagnés au prix d’une rançon excessive : alcool, toxicomanie, solitude et relations tumultueuses. Rocketman raconte comment Elton John est né en tuant Reginald Dwight, sachant que le premier ne s’est jamais vraiment remis de la mort du second.
Les plus grandes stars génèrent toutes une bicéphalie quasi psychiatrique. Certaines ont la sagesse de se faire suivre par des spécialistes, d’autres s’effondrent littéralement sous le poids de la gloire, incapable d’y faire face. Le mystère du succès (et de la survie) d’Elton John réside en partie dans cette dichotomie autant que dans sa propension à avoir construit l’essentiel de son œuvre en une seule décennie de folie et d’excès (les années 70), avec son parolier Bernie Taupin. Le film évoque l’histoire d’un homme au sommet de la gloire en même temps qu’il subit les affres d’une déchéance physique et morale.
Un portrait sans aucune aspérité
On pourra cependant reprocher à Rocketman d’être un portrait facile, un portrait sans aucune aspérité, un portrait à la gloire unique d’Elton John ; le biopic est « ultra-autorisé » par la star qui en est aussi coproducteur. Certaines simplifications sont grossières, pour ne pas dire caricaturales, ne serait-ce que le positionnement du chanteur en quasi-monopole dans l’industrie du disque des années 70/80, comme si Bowie, Jagger, et tant d’autres n’avaient pas été d’incontournables rivaux malgré ses 300 millions d’albums vendus. On regrettera également le scénario fractionné de Lee Hall (auteur du script de Billy Elliot) qui rend difficile la mise en ordre chronologique des albums et chansons.
La collaboration privilégiée avec Bernie Taupin
Rocketman doit en premier lieu sa force aux extraordinaires mélodies d’un des plus merveilleux compositeurs de la pop-music. Le film aborde la collaboration privilégiée avec Bernie Taupin, permettant à ce dernier de mettre des mots sur l’autoportrait musical d’Elton John qui, d’album en album (jusqu’à Captain Fantastic – 1975), évoque l’enfant qu’il fut en constante opposition avec la créature scénique qu’il est devenu. Et puis les acteurs ! Taron Egerton (Elton John) et Jamie Bell (Bernie Taupin) sont époustouflants. Ils valent à eux seuls le prix du billet. En particulier Taron Egerton qui réussit à prêter une sensualité féline à la rock star la moins animale et la moins charnelle de l’histoire. Entendu que Rocketman donne surtout envie de se (re)plonger dans le catalogue musical d’Elton John, ce qui vaut au film, sinon l’absolution, du moins l’indulgence de ses nombreuses lacunes par omissions.
Jérôme ENEZ-VRIAD












