Le tandem brestois Arnaud Le Gouëfflec et Julien Solé offre une suite aux aventures rocambolesques de Monsieur Léon, héros du quotidien dissimulé derrière l’apparence d’un quidam pas vraiment ordinaire.

Bretagne Actuelle n’avait tari aucun éloge à propos du premier tome des aventures de Monsieur Léon*, quinquagénaire rondouillard aux allures de comptable dont les lunettes épaisses bataillent la vedette à une moustache tombante. Anti-héros atypique, nourri d’une tendresse gauche, d’un optimisme folklorique et d’une poésie candide, Léon tente cette fois de convenir aux sentiments éprouvés à l’égard de sa voisine, l’ingénue Mademoiselle Sophie.

L’amour sous les cocotiers

Monsieur Léon rêve d’amour sous les tropiques mais n’a aucun talent pour la séduction, et moins encore l’énergie d’entreprise à l’endroit de Mademoiselle Sophie. C’est toutefois sans compter sur son imagination débordante qui, au fil de situations rocambolesques, confère mille couleurs à la grisaille de notre époque afin de conquérir l’élue de son cœur. Ainsi, le bonheur vient-il frapper à leur porte… « L’amour est une croisière : si on arrive trop tard, on reste tout seul, sur la plage, abandonné. »… Une seule chose à faire : sortir le grand jeu ; de ce point de vue, Léon n’a pas son pareil, quitte à demander un paquet cadeau pour offrir une pomme d’amour !

Lorsque notre voyageur rêve de Carnac (page 9), c’est aussi bien d’Égypte que de Bretagne ; peu importe le « C » ou les deux « K », l’arrondi des menhirs vaut largement la pointe angulaire des pyramides, l’essentiel étant d’éviter les clichés : Venise… New York… les longues plages de sable fin… le soleil couchant tropical… entendu qu’une simple tisane (page 37) a aussi des vertus insoupçonnées relatives aux plus merveilleuses découvertes embellies de nénuphars géants… de plantes et poissons exotiques… et même, imaginez donc ! de dragon émergeant au milieu de la Seine. L’amour sous les cocotiers est une hypothèse trop banale pour Monsieur Léon.

Une succession d’occasions manquées

Monsieur Léon se caractérise par la timidité et la maladresse. C’est souvent le cas de ceux qui pensent être la raison systématique de tout malentendu ; sa vie est par conséquent une succession d’occasions manquées en fil rouge d’une comédie romantique drôle et attachante. Le lecteur a envie de lui dire que la gaucherie et les impairs plongent l’entourage dans un sentiment animé par la compassion, l’empathie, parfois même l’attendrissement. Oui ! Mademoiselle Sophie et lui sont faits l’un pour l’autre. Nul doute à ce propos. Seulement voilà ! Léon passe son temps à refuser de voir ce qu’il a sous le nez… ou précisément : sous le cœur. (page 61)

Le scénario d’Arnaud Le Gouëfflec découpé en successions de scénettes est admirable de fraîcheur, et les dessins (parfois) décalés de Julien Solé entretiennent le suspens des sentiments jusque la dernière page – conseil de ne pas la regarder avant d’y parvenir en lisant dans le sens chronologique de l’histoire. Certes ! L’effet-surprise du premier tome est atténué puisqu’il s’agit d’une suite. La poésie continue toutefois d’irriguer chaque planche ; ce n’est pas mieux que la première partie mais tout aussi bien, ce qui est déjà beaucoup. Faut-il lire Les Vacances de Monsieur Léon. Bien entendu. Et comme toujours, Fluide Glacial a veillé à ce que le tarif soit accessible… moins de quinze euros.

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Juillet 2024 – Bretagne Actuelle & J.E.-V. Publishing

Les vacances de Monsieur Léon, une bande dessinée de Julien Solé & Arnaud Le Gouëfflec aux éditions Fluide Glacial – 63 pages couleur – 14,90€

*A lire aussi, la chronique du premier tome

0 Commentaires

Laisser un commentaire

Articles similaires

Autres articles de la catégorie BD