Combien de films n’auront pas le succès mérité en cette « période Covid » où la peur d’une contamination est entretenue comme celle d’un nouveau choléra ? Et pourtant ! La dernière réalisation de Grégory Magne est « si bien nez » qu’elle mérite toute les attentions, à commencer par celle de son actrice principale, merveilleuse Emmanuelle Devos, si juste en diva des odeurs.
Il existe des comédiens dont l’excellence relève d’une rupture face au rôle interprété, sorte de « non-jeu » particulièrement bien adapté à leur personnage ; ainsi, Emmanuel Devos est-elle magnifique de froideur et d’inaptitude à communiquer en parfumeur soudainement frappée d’anosmie : perte de l’odorat. Contrainte de s’éloigner du petit cercle des parfumeurs parisiens – intramuros aucune faiblesse n’a cours – Anne Walberg se rapproche d’un quotidien provincial avec son nouveau chauffeur. Tout semble mal parti. Leurs caractères s’opposent. Et pourtant ! Les personnages entrent dans la danse en développant le principe des contraires.
Anne n’est pas un simple nez. Loin s’en faut. Célébrité dans le microcosme du parfum, elle vend très cher son incroyable talent qui lui permet de vivre en diva des senteurs. Guillaume, son chauffeur, est le seul à oser lui tenir tête ; raison pour laquelle elle ne le renvoie pas, comme ce fut le cas avec les trois précédents. Une curiosité réciproque s’installe. Puis une forme de séduction que le réalisateur saura ne pas rendre grotesque, nonobstant quelques facilités scénaristiques. En effet. Tout laisse à penser qu’Anne voudrait réintégrer le monde enchanté de Dior, maison pour laquelle elle a imaginé J’adore – en réalité ce sont Calice Becker et Ann Gottlieb qui l’ont créé ; elle découvre chez son chauffeur le don insoupçonné de nez, et choisit de lui enseigner la partition musicale des odeurs. Mais Anne est-elle vraiment désintéressée dans cet exercice du partage ? Là est le véritable sujet du film : dans le détachement des intérêts personnels à partager ses connaissances.
Grégory Magne ne cherche pas à faire « cinématographique », il y est pourtant en plein du premier coup. Pour une fois qu’un scénario évite les conflits sociaux, ne parle pas d’homosexualité obsédante, oublie la violence envers les femmes dans les banlieues affligeantes – comme quoi il est possible de faire du cinéma sans sacrifier aux redondances du moment ; pour une fois qu’un film est frai, fleuri, qu’il exhale les belles effluves et de bonnes intentions ; oui, pour toutes ces raisons, allez voir Les Parfums, seul ou en famille, vous en ressortirez souriant d’une histoire qui va à l’encontre de l’Air du temps.
Jérôme ENEZ-VRIAD
Les Parfums, un film de Grégory Magne. Avec dans les principaux rôles, Emmanuelle Devos, Grégory Montel et Sergi Lopez. Musique signée Gaëtan Roussel.
https://www.youtube.com/watch?v=hSFb45I5o4o











