Les « belvédères » de Bernard Berrou HermineHermineHermineHermine

L’écrivain Bernard Berrou, prix Bretagne 2018, nous invite à le suivre vers ses belvédères « intimes ». Ils ne sont pas ceux que l’on pourrait imaginer. L’auteur nous parle avant tout de « lieux » et « d’instants de plénitude ». Par des chemins buissonniers et aussi au contact d’écrivains qu’il a mis dans son panthéon littéraire.

« Belvédère : pavillon ou terrasse au sommet d’un édifice ou d’un tertre, d’où l’on peut voir au loin » (Le petit Larousse). Dans le nouveau livre de Bernard Berrou, c’est grâce à l’écriture subtile et élégante de l’auteur que l’on peut voir véritablement au loin. Autrement dit s’élever, quitter les contingences matérielles, parfois mesquines, jeter par-dessus bord tout ce qui avilit et obscurcit notre monde.

Nous voici, sur ses pas, dans des « lieux inspirés ». Nous voici au bourg de Lennon, sur la digue de Guissény, devant le clocher de Goulven, sur la voie romaine du nord du Cap Sizun, sur la calotte Saint-Joseph, « dont le sommet se gagne sans effort »,  du côté de la Trinité-Langonnet. « De ce balcon, écrit Bernard Berrou, tout se présente comme une complaisance idéale à la rêverie dans une atmosphère assez mélancolique qui flotte en permanence, même par beau temps. Rarement je n’ai éprouvé un tel sentiment d’appartenance à la Bretagne ».

Ses belvédères peuvent aussi être à portée de main : là où l’écrivain vit, médite, travaille

Nous parlant, ailleurs, de la petite localité du Juch près de Douarnenez, il a ces mots : « Tout ici rappelle la campagne anglaise dans ce qu’elle recèle de grâce pastorale ». Puis partant au Portugal, il nous ramène des visions lumineuses des belvédères de l’Algarve. Mais ses belvédères peuvent aussi être à portée de main : là où l’écrivain vit, médite, travaille. Voici la baie d’Audierne, le hameau de la Madeleine et sa chapelle du même nom illuminée par les vitraux de Bazaine. Ce sont les belvédères de son « atlas intime ».

Pour tout dire, les belvédères de l’auteur sont des « harmonieuses élévations », des « endroits sans pittoresque » (loin de la frénésie touristique et des tables d’orientation), des lieux où il peut assouvir son rêve « d’une vie à l’ancienne, désenchantée, nourrie de marches vers la mer, de lectures essentielles et d’ennui fertile ». Aussi ne ménage-t-il pas ses salves contre les faux belvédères ou contre tout ce qui peut agresser le paysage, à commencer par les éoliennes (« une offense au paysage breton »). Dans son viseur, aussi, la « Vallée des saints » du côté de Carnoët : « C’est le contraire de l’humilité, de la solitude recueillie, les seules postures qui permettent de se conformer à une foi véritable ». Car, pour Bernard Berrou, « un haut lieu, c’est d’abord faire l’expérience exaltante d’un pèlerinage où des événements historiques, irremplaçables, ont été vécus » (il le dit dans les Monts d’Arrée, se rendant dans la commune de Scrignac).

Au bout du compte, demeure le belvédère de l’enfance

Les belvédères de l’auteur ne sont pas que des lieux. Ils ont aussi chair humaine. Celle des écrivains qui nous élèvent. Pour Bernard Berrou le choix est vite fait : Julien Gracq, Michel Déon (nous ramenant à la sa passion pour l’Irlande), Pierre Bergounioux dont il dit qu’il « nous aide à clarifier la réponse à notre présence au monde ». Son atlas littéraire intime nous fait aussi rencontrer un « moine des confins », Jean-Yves Quellec, né au Conquet où il revenait régulièrement mais qui oeuvrait dans un monastère belge. « Il croyait en la puissance fertile de l’isolement, pour éviter que l’existence ne soit ballottée au grès de courants comme des épaves à la dérive ».

Enfin, au bout du compte, demeure le belvédère de l’enfance. Sans doute la plus sûre vigie pour guider nos pas dans l’existence. Bernard Berrou le dit dans son chapitre « le lieu et le temps », sans doute un des plus puissants textes de son livre. « C’était un temps où la main était souveraine et agile, c’était un climat de noble rusticité où toute parole était bonne et sacrée ». Ses belvédères – phares dans la nuit – nous amènent très loin dans l’espace et le temps.

Pierre TANGUY
Belvédères, Bernard Berrou, Locus Solus, 165 pages, 14 euros.

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