Le cri des flammes et le prix du feu HermineHermineHermineHermine

La maison brûle. Le monde brûle. Le Portugal a brûlé et les flammes d’il y a deux ans donnent à lire un beau cahier que publient les éditions Vagamundo à Pont-Aven.

Vagamundo qui fait, depuis sa création, le pont entre la Bretagne et le Portugal ne pouvait pas ne pas trouver dans le scandale de l’incendie d’octobre 2017 cette métaphore crue et cruelle d’où nul ne se relèvera.

Les poèmes de Cristina de Melo se mêlent aux photos sombres et somptueuses de Pedro Costa Gomes.

Un livre d’éclairs et de cendres, de surchauffe, un livre où le noir de Soulage a recouvert la terre et prend sur le ciel. Soulage peint ce que le feu a fait. Le livre donne à feuilleter une dévastation, les mots de la poétesse alertent: mais seul devant le drame/Portugal ne rime à rien.

Il n’y a plus de terre seule, de contrée isolée, la preuve est faite qu’un incendie d’Australie flambe en Californie, flambe ici : mon pays c’est le tien/le monde est à nous.

Les photos parcourent les collines, les forêts, les animaux perdus et un homme hagard, si seul. Il regarde et notre regard est le sien. Son effarement est le nôtre devant ce qui lui est arrivé et qui nous arrive. L’effroi sans mots où pourtant s’en glissent quelques-uns: il n’y a plus rien à conquérir/ Qu’un champ de solidarité. Les caravelles portugaises restent à quai, les rêves d’au-delà, c’est maintenant, c’est ici : la preuve par l’incendie.

La nature reprend, la verdure des champs nourrit à nouveau quelques troupeaux, et quelques bergers, mais.

Mais.

Certes cela reprend. Certes la nature est résiliente. Mais. Le monde reste un brasier entre nos mains d’incendiaires. À lire ce beau livre, la révolte vient, la colère suffoque : les politiques sont impuissants/ et Fatima fait peu de miracles/contre qui se retourner/quand la Nature est loi ? Le livre s’intitule Le cri des flammes. Il est recommandé en solidarité avec notre voisinage portugais, au double profit des pompiers dont nombre a laissé sa peau et de la Croix Rouge portugaise.

Lisez, faites lire, montrez, faites passer. Ce cri des flammes noue les gorges. Tant de beauté dévastée pour tant de belles images. On voudrait ne pas les avoir vues, ni les regarder. Elles s’imposent, comme les chemins qui vont aux villages dont les ruines forcent au silence. On dirait marcher sur la neige, ce sont des cendres sur des tombes ouvertes.

La maison de la forêt aurait pu être l’abri secret des rêves. Elle est devenue le logis du tourment, comme les églises, comme les farmacia, comme toute cette vie que des habitants ont vu, sous leurs yeux, fuir en fumée. Soixante-quatre morts, ou plus. Trois cents blessés, ou davantage. Reste ce livre qui témoigne. 

Aux croisées des chemins, les croix sont fleuries de frais : faudra-t-il toujours porter du noir et des fleurs ?

Gilles CERVERA
Le cri des flammes Cristina Isabel de Melo et Pedro Costa Gomes Ed Vagamundo 22€ dont 1€ à la CR portugaise et 1 € à la Ligue des Pompiers portugais / 108 pages

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