Il y a les lieux-dits ou les lieux communs (titres de certains livres de poésie), mais il y a aussi ces énigmatiques lieux tus du poète Laurent Noël. C’est en effet le titre de son nouveau recueil, publié par Les Editions sauvages pour récompenser le 6e prix Paul-Quéré qu’il vient d’obtenir.

Le prix Paul-Quéré a été créé il y a dix ans par Les Editions Sauvages. Il est attribué tous les deux ans à un poète partageant la démarche artistique du peintre et poète Paul Quéré (1931-1993) qui vivait en pays bigouden. Ce prix a donc été attribué cette année à Laurent Noël par un jury composé d’Ariane Mathieu (compagne de Paul Quéré), Denis Heudré (auteur et artiste), Jean-Luc Le Cléac’h (écrivain et poète), Louis Bertholom et Marie-Josée Christien (tous deux poètes, critiques et membres actifs des Editions Sauvages). Pour mémoire, ce Prix Paul-Quéré a été successivement obtenu par les poètes Denis Heudré, Guy Allix, Eve Lerner, Chantal Couliou et Lydia Padellec.

Encore plus que pour les précédents lauréats, il est frappant de constater la parenté intellectuelle et artistique entre Paul Quéré et Laurent Noël. Les deux sont à la fois peintres et poètes. Jusqu’au moment de  découvrir l’existence de ce Prix Paul-Quéré, pour lequel il a concouru, Laurent Noël ne connaissait pourtant pas l’œuvre de l’artiste bigouden.

Né en 1961, Laurent Noël « explore les cycles communs de la nature et de l’art, l’effacement et la trace, le geste-mémoire et tisse  des liens étroits entre peinture et écriture, dans un dialogue permanent et fertile entre l’oeil et la pensée », souligne Marie-Josée Christien en présentant ce livre. « Comme Paul Quéré, Laurent Noël  cache plus qu’il ne dévoile », ajoute-t-elle. D’où, sans doute, cette expression de lieux tus que Laurent Noël explicite dans un de ses poèmes : « J’arpente mes lieux tus/aux parfums absents/pas à pas/comptés parfois perdus//l’atelier l’estran le bois la peau les roches l’atelier les ciels/cassés aux jambes noires ».

Il faut sans doute voir avant tout, dans ce recueil, une approche du processus de création. « du carnet à la toile/lors des longues marches aux détours essentiels », écrit le poète. « le temps fugace d’une terre entrevue/s’étendra lentement sur la toile/le papier ou le cuivre ». Avec, au bout, « la fatigue de l’inachèvement ». Les titres des quatre peintures abstraites publiées dans ce recueil révèlent bien ce goût d’inachevé ou, pour le moins d’incertitude : « Vue de l’esprit », « Quand j’y songe », « Ouvert la nuit », « Lieu-tu ».

Pour autant, le poète/artiste sait  nous embarquer dans ses déambulations aux couleurs vives. Celles des saisons notamment. Ainsi de l’automne : « Les jonchées d’ocre aux automnes froids/les replis des houles sous le vent/la table relevée aux bols des couleurs/l’horizon plus haut que le haut de la toile/font peinture ». Plus loin le voici au bord de la grand bleue : « là-bas je foule le trait de côte/je longe les lignes écrites cette nuit par l’océan/au plus haut du flux/les laisses noires des varechs/les gris sensibles des galets infiniment roulés ». Sous sa plume, ces lieux tus deviennent soudainement des lieux ardents.

Pierre TANGUY.

Lieux (-) tus, Laurent Noël, Les Éditions Sauvages, collection Écriterres, 2026, 75 pages, 13 euros

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