Plus de cinquante romans. Autant d’indéfectibles succès. Janine Boissard sait mieux que personne mélanger les situations modernes et les sentiments éternels… Des circonstances de toujours mises au goût du jour… Et chaque fois les lecteurs suivent… À toute vitesse.
A-t-on besoin de présenter Janine Boissard ? Chacun de ses livres déploie tout le brio d’une romancière douée pour le succès grâce à l’intelligence d’un talent qui s’attache au décryptage des passions amoureuses contemporaines. Elle parlait aux fleurs ne déroge pas à cette règle qui, cette fois, décrit avec minutie la construction d’une résilience entre Rennes et Montreuil-sur-Ille
Cinquante ans de parcours
Écrivain aux allures de femme du monde, Janine Boissard est un auteur populaire. Le virus de l’écriture, elle l’a depuis toujours, ou presque, en tout cas depuis 1971, date de la parution chez Gallimard – tout de même ! – de son premier roman, B comme Baptiste, sous le pseudonyme de J. Oriano. Mais c’est à la fin des année 1970 que sa carrière d’écrivain s’envole véritablement, lorsqu’elle écrit L’esprit de famille, une hexalogie (six tomes) publiée entre 1979 et 1984. Chacun de ses livres sera dès lors en tête des best-sellers. Sorte de Danielle Steel à la française, Janine Boissard fait une grande place à la condition de la femme dans la société. La famille tient également une place prépondérante dans son œuvre ; mille raisons à cela, elles les évoquent dans son autobiographie Une femme – Le roman d’une vie.
Entre Rennes et Montreuil-sur-Ille
Elle parlait aux fleurs exerce une incontestable séduction. A peine l’a-t-on commencé qu’une voix s’élève et investit le silence grâce à des phrases dont l’élan prend possession de l’esprit ; elles jettent et construisent leur ligne à la manière d’un arc lâchant ses flèches. L’histoire acquiert aussitôt une existence certaine et presque coutumière. Tel est le style de Janine Boissard. Celui d’une cadence narrative qui n’est pas nécessairement imposée par les normes, ni les règles ou l’usage académique de la langue ; cadence d’images de télévision qui se lit avec une fluidité moderne et accessible. Les décors, quant à eux, oscillent entre Rennes et Montreuil-sur-Ille. Et que dit Janine Boissard en présentation de la capitale Bretonne ? Ceci.
« Rennes est une ville pleine d’Histoire, la grande, celle qui nous raconte nos racines et nous rend plus fort. C’est une ville médiévale, ce qui veut dire « du Moyen Âge », avec, pour rois : Clovis, Childebert, Clodomir et Clotaire, rien que des « C », rien que des cons, hurle ceux qui détestent les rois et les seigneurs parce que c’était tous des tyrans qui, assis sur leurs trônes, buvaient le sens du peuple. Et quand vous leur dites timidement que certains pouvaient être bons et même honorer leur siècle, ils vous tuent. » (…) « N’empêche que les pauvres Américains, qui n’ont pour ancêtres que des cow-boys et aucun berceau où chérir leur passé, nous envient nos rois. Alors, ils viennent en France acheter à prix d’or les vieilles pierres de nos châteaux en ruine, les rapportent chez eux et les reconstruisent à l’identique parce qu’ils ont compris que, sans racines ni passé, tu es comme le roseau risquant d’être emporté par la première tempête. »
Hymne à la vie et à l’espoir
Personne n’admet aisément la mort d’un conjoint. Élisa fait tout pour oublier le caractère excessif de son deuil. Elle parlait aux fleurs expose les aventures modernes d’une femme de son temps en révolte contre le rôle que lui est assigné. Grâce à son courage, l’héroïne finira presque malgré elle par se réconcilier avec le sens du devoir et ce que lui dicte son cœur. Un récit angoissant par sa simplicité, sa froideur et ça logique, dans lequel le passé revit au rythme du présent, tandis que les situations et les dialogues s’emplissent de présages. Janine Boissard étonne par sa capacité d’observation lui permettant de restituer la réalité comme si c’était la nôtre. Son amour des mots… De leur couleur… De la musique qu’ils soulèvent… Leur parfum… Toutes ces qualités ne sont pas ici rassemblées mais initialement mêlées, faisant de ce roman un récit enchanteur, et de cet enchantement un libre bonheur. L’auteur raconte le destin de ses personnages avec une finesse psychologique et la maîtrise du suspense qu’on lui connaît. Un livre plein de tendresse et de passion. Magnifique leçon de courage. Mieux ! Un hymne fleuri de mille pétales qui s’envolent au souffle de la vie et de l’espoir.
Jérôme ENEZ-VRIAD
© Juillet 2023 – Bretagne Actuelle & J.E.-V. Publishing
Elle parlait aux fleurs, un roman de Janine Boissard aux éditions Fayard – 336 pages – 20,90 €












