Quatorze ans près « LOL », Lisa Azuelos tourne pour la troisième fois avec Sophie Marceau. Une alchimie entre les deux femmes à retrouver dans « I Love America » sur Prime Video.
Lisa souhaite changer d’univers. Le choc émotionnel causé par la disparation de sa mère lui en donne l’occasion. Adieu Paris ! Direction Los Angeles où elle retrouve son meilleur amis, Luka, transformiste et meneur de revue dans un bar up to date. Malgré une vie sentimentale compliquée, Luka se donne pour mission d’aider Lisa à relancer la sienne, en jachère depuis trop longtemps. Le résultat sera-t-il à la hauteur des attentes de chacun ?
Un enchainement d’émotions ponctuées d’éclats de rire
Imaginons une petite fille abandonnée par sa mère, magnifique chanteuse aux yeux clairs délaissant sa progéniture au bénéfice d’une florissante carrière. Dans I Love America, Sophie Marceau incarne le propre rôle de la réalisatrice, Lisa Azuelos, elle-même fille de Marie Laforêt. « Ce n’est pas mon biopic », précise-t-elle en interview, « c’est mon intime mis au service de l’universel des femmes. » Notons toutefois que l’histoire n’est guère banale puisqu’elle s’amorce autour de l’indifférence d’une mère fort célèbre dont l’enfant n’aura de cesse d’essayer de lui pardonner afin de se reconstruire. Un scénario qui eût pu facilement sombrer dans le pathos et le pathétique tant l’idée semble rebattue. Il n’en est rien, le traitement choisi est celui de l’humour, certes ! pas toujours fin – on parle cul en disant des gros mots – mais reconnaissons aux dialogues d’être décapants, parfois drôles, manière de transcender la douleur en l’illuminant de rires, d’espoir et de tendresse. Chaque fois que le spectateur est en droit de s’attendre au pire, un miracle se produit : tout à coup sincérité et franchise sauve la scène d’une catastrophe annoncée, véritable enchainement d’émotions sur fond de résilience dans laquelle chacun se reconnaîtra. Ou pas ! Quoi qu’il en soit, ça fonctionne, et que demander au cinéma si ce n’est de « fonctionner » dans les yeux des spectateurs ?
L’amour est la solution à tout

Lisa Azuelos filme une sorte d’autofiction entre son enfance brinquebalante et sa (ré)jouissante résurrection californienne. Les rapports étaient conflictuels, ni mère ni fille ne se parlaient, pour autant elles s’aimaient à distance sans se le dire. Le film traite de cette distance physique à laquelle s’ajoute celle de l’absence définitive une fois le deuil venu. Aucune haine… Pas la moindre rancœur… Mais pas de pardon non plus… Seul prévaut l’oubli dont le confort est d’économiser la mémoire. Le résultat donne un fil charmant, au ton moderne et à l’atmosphère légère. Sophie Marceau ne se surpasse pas, elle est égale à elle-même, c’est à dire superbe, juste et convaincante. Son meilleur ami interprété par Djanis Bouzyani (Madame Claude, Tu mérites un amour) est irrésistible – la bonne surprise du film. Les gags…Ah les gags ! Ils sont fort inégaux mais, une fois encore, c’est la vie qui est inégale. I Love America raconte celle d’une enfant à travers le prisme des mésaventures de la femme qu’elle est devenue. Ce sont autant de souvenirs marqués par de (trop) précoces nuits en discothèque et les apparitions de femmes dénudées dans la cuisine paternelle au petit-déjeuner. Une jeunesse vampirisée par l’insouciance et l’égoïsme des adultes. Il n’en fallait pas moins pour prendre l’air sous le soleil enchanteur de West-Hollywood.
« Chaque jour est une occasion d’accoucher de soi-même, dans la douleur ou dans la douceur. »
I Love America est, en ce début d’année 2022, l’un des films les plus mal noté par la critique. Ne vous y fiez pas. Les mauvaises critiques sont toujours la résultante de l’aigreur de ceux qui les écrivent. Il faut voir I Love America pour soi. En égoïste. L’apprécier pour l’ouverture à la vie qu’il suggère. Un film douceur. Un film colère. Car la vie n’est pas que de travailler, faire les soldes, déclarer ses revenues au fisc, répondre à ses commentaires Facebook et récupérer son enfant à l’école après une consultation chez son psy. Diable ! Lisa Azuelos explique de manière sous-jacente que La Vie (majuscules) est précisément de se mettre hors système pour réaliser de grandes choses. « Chaque jour est une occasion d’accoucher de soi-même, dans la douleur ou dans la douceur. » Alors non ! N’écoutez pas les pisse-froids. Allez voir I Love America. Ce n’est pas très loin ni difficile : une connexion Prime Video suffit. On regrette même que le film ne soit pas sorti au cinéma, tant les grands écrans embellissent ce qui, à moindre échelle, peut paraître mièvre et dérisoire.
Jérôme ENEZ-VRIAD
© Avril 2022 – J.E.-V. & Bretagne Actuelle
I Love America, un film de Lisa Azuelos avec Sophie Marceau et Djanis Bouzyani. En vidéo à la demande sur Prime Video. Durée 102 minutes












