Rock, Pop, Soul, Electro, Punk… Planète Breizh : Y’a du reuz ! #1 HermineHermineHermineHermineHermine

Le Tro Breiz (sans h) complétement subjectif, pas du tout exhaustif, et en toute mauvaise fois, de l’actualité musicale des dernières semaines, voire des derniers mois, concernant les artistes bretons (ou presque) et des pays celtes. C’est ici…

SANT BRIEG

Côté Bretons du nord, c’est la briochine Julie Budet alias Yelle (avec son compagnon Jean-François Perrier, alias Grand Marnier) qui a ouvert le bal avec la sortie début septembre de son 4ème album, le tout à la fois mélancolique et énergique L’Ere du Verseau. Un disque pop porté par l’iconoclaste single J’veux un chien et son texte à double ou triple lecture, et un vidéo clip vénéneux qui détourne ou plutôt contourne les codes de la sensualité (720 000 vus sur YouTube). Mais pas que… Puisque l’album regorge de tubes, depuis le techno dingo Karaté et son refrain barjot (« Ton kimono est un pyjama » répété ab libitum), jusqu’à sa touchante déclaration d’amour pas toujours réciproque à la France Je T’Aime Encore. Sans oublier l’irrésistible Emancipense qui joue les éclaireurs de choc en ouverture de ce disque. Faussement enjouées mais diablement emballantes, les ritournelles de L’Ere du Verseau se révèlent beaucoup plus profondes au fil des écoutes que leur enrobage ultra pop, presque kitsch ne le laissait présager.

ROAZHON

Du côté de Rennes, c’est le retour des « anciens » même si le terme devrait hérisser ces ex jeunes gens modernes. Avec d’un côté, les sorties début décembre de More Fun Before War, précédé de European Pyscho des ex Marquis de Sade qui ont choisi suite à la disparition de Philippe Pascal de continuer sous le nom de Marquis. Deux titres en prémisses d’un futur album baptisé Aurora (annoncé pour le 5 février 2021) avec au chant un inconnu, un jeune chanteur belge nommé Simon Mahieu dont la voix évoque par ses inflexions celle de Peter Murphy de Bauhaus, en particulier sur More Fun Before War.

Du rock tendu, guitares en mode barbelés, toutes hérissées, qui devrait ravir les fans old school de MDS mais augure d’un album un peu dark auquel ont participé des anciens du groupe culte néerlandais Mecano ainsi que le légendaire Richard Lloyd de Television. Sans oublier Etienne Daho qui, outre une participation à cet album de Marquis, publie de son côté son album « oublié »… Ou plutôt délaissé. Une sorte de disque en parallèle baptisé Surf, initié en 2004, abandonné en 2006, ressorti du placard lors du Disquaire Day 2020 et qui (re) ressort en décembre en version Deluxe. Ouf, vous suivez toujours ? Soit 22 titres qui « surfent » sur des styles et des périodes très différentes. L’ancien Rennais y reprend David Bowie, Air, les Pet Shop Boys mais aussi Billie Holiday ou encore Henry Mancini. Y figure en bonus un duo live avec Alain Bashung (I Can’t Escape). Rien qui ne soit indispensable mais un album touchant dans son dépouillement, à l’exception de la reprise sucre glace d’un vieux classique Glad To Be Unhappy enregistré à Abbey Road avec 45 musiciens, arrangé par David Whitaker.

Tout autre ambiance avec les explosifs Tagada Jones, autres Rennais mais qui en sont plutôt d’une humeur de dogues, à mettre tout A Feu et à Sang sur leur dernier album. Ils en profitent pour faire joyeusement saigner les esgourdes de leurs fans. Pour leur 10ème album, le gang formé par Niko, Stef, Waner et Job dégoupillent 14 titres, comme autant de grenades. Toujours enragés. Même quand ils essayent de calmer le jeu sur Magnitude 13, le naturel revient vite au galop et le micro se met aussitôt à rouiller, martyrisé par la voix de stentor punk de leur leader. On espère que son phoniatre a du répondant et un bon stock de pastilles contre la toux !

Tout en dissonances maîtrisées, Stillness, le dernier disque de la Parisienne, Rennaise d’adoption Laetitia Sheriff distille un malaise envoûtant, une colère noire rentrée dès son ouverture avec People Rise Up avant d’accueillir un peu de lumière sur Deal With This, hymne presque pop anti morosité. Un disque qui gratte jusqu’à l’os où l’on entend de lointains échos de Sonic Youth, et de PJ Harvey. Et parfois s’envole vers des horizons sans limite comme sur la ballade Go To Big Surf. Mélancolique et poétique. Comme une divagation entre le rêve et le cauchemar.

GWENED

Plus au sud, la vannetaise Yasmine Kyd (installée à Paris) explore un tout autre registre, celui d’une Soul aux inflexions jazzy lorgnant du côté de l’Amérique de Norah Jones ou de Jill Scott. Son 5ème album, Night Sailin’ joue la carte de l’intimité avec des compositions mettant parfaitement en valeur sa voix suave. Ambiance relax. Pour peu, en fermant les yeux, on serait télé-transporté illico presto dans un club enfumé de New York (si la cigarette y était encore autorisé !). Une jolie reprise tout en décontraction de Serge Gainsbourg, Je Suis Venue Te Dire Que Je M’en Vais, parachève ce travail soigné. Un album tout en délicatesse.

BREST

Bouclage de ce Tro Breizh par un détour dans les alentours de Brest avec le projet Falaises ! imaginé avec vue sur la mer d’Iroise pendant le confinement par Mirabelle Gilis (ex Les Amirales). La violoniste y chante et fait chanter son compagnon Miossec, ou parfois simplement énoncer des bouts de phrases en mode marabout, bout de ficelle sur l’obsessionnelle ritournelle En. L’auteur de Non Non Non Non (Je ne suis plus saoul) fête en parallèle les 25 ans de Boire avec la réédition début septembre de cet album devenu une pierre noire de la chanson française. Intéressant pour comparer le chemin parcouru quand on écoute ce mini album quatre titres où se découvrent comme avec les marées de l’Atlantique des climats très différents. Des morceaux mélancoliques comme le délicat Tout Ira Bien, ou simplement envoûtant comme Trop d’Amour. Un disque qui ne cherche pas à briller, mais capture quelque chose de cette terre de Finistère. Un fragile équilibre entre les mots et la musique. Comme si une fée aux cheveux noirs avait réussi à ensorceler, à apaiser un ancien enragé.

CELTES

Ils ne sont pas Bretons mais c’est tout comme… Ou presque. Il y a d’abord The Celtic Social Club, le groupe fondé par le Poitevin Manu Masko, qui publiait début décembre le single I’m Free chanté par l’Irlandais Dan Donnely (tiré de From Babylon To Avalon, leur 3ème album), rappelant le meilleur des Silencers. Le titre est accompagné d’un vidéo clip animé en noir et blanc, prélude à un 4ème album très attendu annoncé pour 2021 qui devrait mettre en valeur des ambiances entre pop, rock et folk irlandais.

Enfin, on les avait un peu oubliés : les Ecossais de The Waterboys, emmené par l’insubmersible Mike Scott (62 ans), ont signé un 14ème album absolument indispensable : Good Luck, Seeker. Sorti en France fin août, le disque est passé relativement inaperçu. Pourtant, il regorge d’hymnes rock’n’rollesques avec cette touche bien sentie de mélancolie qu’affectionnent les Celtes de tous pays.

S’il n’y avait qu’une seule chanson que vous devriez absolument écouter, mettez le volume sur 11 et lancez My Wandering In The Weary Land. Une sorte d’épopée qui vous donnera envie au minimum d’enfourcher votre destrier et de partir galoper jusqu’à l’océan les bras grands ouverts, à défaut de rouler à vive allure (mais dans la limite autorisée !) dans votre Kangoo les fenêtres grandes ouvertes en beuglant « Yeah, Yeah, Yeah ! » La Big Music est toujours là… Voilà, c’est tout pour cette fois.

Frédérick RAPILLY

  • Yelle – L’Ere du Verseau (Idol)
  • Marquis – Aurora (Ladtk)
  • Etienne Daho – Surf Deluxe (Parlophone)
  • Tagada Jones – A Feu et A Sang (At(H)ome)
  • Laetitia Sheriff – Stillness (Yokanta Records)
  • Yasmine Kyd – Night Sailin’ (Onde Music)
  • Mirabelle Gilis & Miossec – Falaises ! (Columbia)
  • Celtic Social Club – From Babylon To Avalon (Ed. Musicales François 1er)
  • The Waterboys – Good Luck, Seeker (Cooking Vinyl)

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