INTERVIEW. Parisienne actuellement, bretonne de naissance, kabyle par ses racines, la chanteuse Yasmine Kyd trace son sillon en douceur mais avec obstination. Cinq albums depuis 2010 sous ce joli pseudonyme de Kyd, accompagnée par son groupe. Cinq disques tout en délicatesse avec pour dernier né, ce Night Sailin’ tout récent où s’entrecroisent les (bons) esprits de Melody Gardot, Jill Scott ou encore Norah Jones. Et sur lequel, Yasmine et ses acolytes revisitent Je Suis Venue Te Dire Que Je M’en Vais dans une version aussi classe que relax…

D’abord, d’où viens-tu ? Et comment es-tu devenue chanteuse ?
Yasmine Kyd : Comme on dit, je suis de Bretagne, née à Vannes dans le Golfe du Morbihan. Aussi loin que je m’en souvienne, on a toujours écouté de la musique à la maison. De la Soul, du jazz, de la pop et de la chanson française. Dans les disques de mon père, il y avait DjurDjura, un groupe de femmes qui s’exprimaient en langue berbère. Quelque chose de très mélodieux. Je me souviens aussi pêle-mêle du son de la cornemuse, de Kate Bush et de la pop anglaise. Mon frère était à fond dedans (il a créé Lighthouse, un groupe d’indie-pop remarqué à la fin des années 80).  J’ai pris des cours de guitare et de piano pour pouvoir m’accompagner quand je chantais. J’ai appris à placer ma voix. Je devais avoir 17 ou 18 ans. Je n’avais pas d’ambition particulière, plutôt envie de chanter de la pop façon Beatles. J’aimais beaucoup aussi le son de la Motown, toutes ces pépites qui m’ont ramené à ce qu’écoutait mes parents. Et quand on dit Motown, on dit aussi forcément Stax…

Comment s’appelait ton premier groupe ?
K. : Lawrence, comme Lawrence of Arabia. Il a duré deux mois. J’étais étudiante à Rennes. On était tous à fond dans l’indie pop britannique, des groupes un peu oubliés aujourd’hui comme Felt, le son post-punk. Si je cherche bien, il doit y avoir une cassette quelque part chez moi avec quelques enregistrements.

Et quelle est la première trace discographique que tu aies laissée ?
K. : Un disque flexi sous l’identité de Solace, avec un titre toujours dans l’esprit indie-pop, très Field Mice, baptisé My Brightest Star (sorti en 1991 sur Glam Record, et « trouvable » sur YouTube. Glam Records a publié aussi un flexi avec Des Garçons Ordinaires).

D’où te viens ce pseudonyme de Kyd ?
K. : Tout simplement, j’étais la petite, la « kid. » Et c’est resté. Il y aussi un pirate, William Kyd, qui s’est distingué sous ce nom. Je trouvais ça amusant.

Ton premier album sous ce nom de Yasmine Kyd, Earth Woman, est sorti en 2010 en autoproduction. Depuis, tu en as sorti cinq. Qu’est-ce qui t’a poussé à sauter le pas et à te prendre en charge ?
K. : Je n’avais pas envie, ou plutôt plus envie de démarcher, de perdre du temps. J’ai vu tellement d’artistes s’étioler à attendre une improbable signature. Je me suis décidé. J’ai cassé ma tirelire et j’ai fait Earth Woman. Et depuis, je fais exactement ce que je veux. Ma discographie est comme un jeu de pistes. Mon précédent album, Showtime ! publié en 2018, était très Nu Soul. J’avais travaillé avec un beatmaker hip hop (Redrum). Là, pour Night Sailin’ qui vient tout juste de sortir, j’avais de revenir à des choses plus jazzy, plus Soul qui permettait aussi de placer un peu plus le groupe en avant, et de mettre les compositions en valeur.

Justement, comment est-ce que tu travailles d’habitude ?
K. : Je suis parisienne désormais, donc je m’installe dans mon immense palace et je compose avec ma petite guitare et ma voix. Je téléphone ensuite à Laurent (Avenard) et je lui demande si je peux passer. Je lui joue le morceau, et lui vient y poser sa patte, donner son interprétation. On avance comme ça, en échangeant des idées. Je ne contrôle pas tout. Je me laisse aussi un peu porter par les rencontres. Pour Night Sailin’, j’ai un peu l’impression d’avoir réuni l’équipe parfaite autour de moi, avec Laurent Avenard (guitares), Zacharie Abrahams (contrebasse), Leandro Aconcha (piano et Rhodes) , et Mat’ Stora (batterie). Comme pour Showtime !, nous avons tourné un vidéo clip, Angel, qui permet de toucher plus de monde.

Et pour cette reprise de Serge Gainsbourg, Je Suis Venue Te Dire Que Je M’en Vais ? Comment est-t-elle née ?
K. : D’habitude, je ne chante pas en français mais c’est venu comme ça pendant l’été 2019. On avait envie de la reprendre à notre sauce. On l’a fait de façon très respectueuse, en lui donnant une touche jazzy un peu différente de l’original.

Avec le temps, et tes cinq albums, tu commences aussi à toucher, à intéresser une audience à l’étranger…
K. : Oui, la presse du Royaume-Uni a commencé à parler de nous au moment de Showtime ! (et continue de le faire puisque Night Sailin’ a eu les honneurs Outre-Manche de NuJazzSounds et d’Echoes Magazine). Le disque a même été diffusé et très bien accueilli sur Soul & Jazz Radio en Grande Bretagne. Je touche du bois pour la suite.

Interview Frédérick RAPILLY

  • Yasmine Kyd – Night Sailin’ (Onde Music / Ropeadope) – Disponible dans les bacs, et en streaming sur Deezer
  • En concert le 28 janvier 2021, au Sunset Sunside, 60, rue des Lombards (Paris 75001)

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